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Coeur d'Albâtre- Chapitre II

Coeur d'Albâtre- Chapitre II
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- Qu'est-ce que tu lui trouves à ce Raphaël ? demanda furieusement Albatre sur la route du retour.
Il pleuvait averse et Clarisse avait tenu à reprendre le volant.
Écoutant le bruit de la pluie qui martelait le toit de la voiture, Albatre essayait d'évacuer sa fureur.
-- Calme toi Albatre ! Je l'aime, tu peux le comprendre ?
-- Je le conçois mais je pensais...qu'il aurait quelques qualités...non...Je pensais qu'il serait parfait !
-- Pourquoi voulais-tu qu'il soit parfait ? Il est comme il est et c'est parfait pour moi !

Albatre gardait une impression étrange de sa rencontre avec Raphaël
Elle se revoyait debout sur cette plage sans soleil, serrant sa main. Le moment avait été comme hors du temps. C'était un souvenir désagréable, figé sur une photo prise en nuance de gris.
-- Il n'est pas aimable ! lança Albatre.
-- Il est charmant, qu'est-ce que tu racontes ? Et puis je n'ai pas à débattre de ça avec toi ! Tu ne décideras pas qui je dois aimer ou pas !
Albatre lança un regard paniqué vers sa s½ur.
-- Freine, Clarisse ! Freine !
Sous la pluie battante, une voiture était immobilisée juste devant elles.
Clarisse écrasa la pédale de frein.
Mais il était trop tard. Leur voiture dérapa sur le sol mouillé et alla s'encastrer dans l'autre véhicule.

Le hall de l'hôpital était silencieux. Plusieurs personnes attendaient des nouvelles de leurs proches. Raphaël consulta sa montre, il était mal à l'aise. Albatre l'avait avertie pour qu'il se rende à l'hôpital. Il se demandait encore comment cette fille avait pensé à l'appeler. Quand ils s'étaient rencontrés, il avait senti de la haine émaner d'elle. Elle paraissait fragile aussi.
Assise à côté de lui, une vieille femme sanglotait doucement. Une main se posa sur l'épaule de Raphaël.
Albatre.
Couverte de bleus, elle portait plusieurs pansements sur le visage et un bandage autour du poignet droit.
-- Comment va Clarisse ? Demanda-t-il.
-- Elle est en réanimation. Elle va mieux. Dit-elle, gênée.
Ils se regardaient, comme des étrangers que le hasard rapprochent de façon brusque.
-- Pourquoi m'as-tu appelé ?
Raphaël avait l'air vulnérable, ce qui étonna Albatre.
-- J'ai pensé...que Clarisse voudrait te voir à son réveil.
-- Je sais que notre présentation ne s'est pas bien passée, mais c'est ton anniversaire et tu ne voulais peut-être pas me rencontrer ce jour là...Merci de m'avoir prévenu.
Albatre fut vexée par sa franchise.
-- Peut importe...balaya-t-elle d'un revers de main. Je crois que tu pourras bientôt voir Clarisse. Je te laisserai y aller en premier.
-- Pourquoi ?
Albatre se laissa tomber sur la chaise à côté de lui, serrant son poignet contre elle.
-- Je crois...que c'est de ma faute, cet accident.
Une infirmière arriva au moment où Raphaël allait répondre.
-- Mlle Clarisse X est réveillée vous pouvez aller la voir.
-- Vas-y...dit sèchement Albatre à Raphaël.
Il la remercia du regard et partit.
Albatre resta assise à regarder son bandage. Elle était inquiète.

Raphaël soupira puis poussa la porte de la chambre. Ce qu'il vit, le remplit de compassion.
Clarisse, le visage enflé, les yeux clos somnolait. Quand elle sentit sa présence, elle ouvrit les yeux et sourit.
- Raph...murmura-t-elle.
Il n'osait pas approcher, le bruit du respirateur artificiel l'horrifiait. Il prit une chaise et s'assit à côté de son lit.
-- Qu'est-ce que tu as ? Ce n'est pas trop grave au moins ?
Clarisse essaya de le rassurer, mais il voyait bien les marques sur son visage.
-- J'ai...une légère commotion cérébrale, et pour mon visage, ne t'en fais pas. Pendant l'accident, le pare-brise a explosé...mais ça aurait pu être pire...
Raphaël lui prit la main et la serra contre sa joue.
-- Qu'en est-ce que tu pourras sortir ?
-- Demain. Tu...as vu Albatre ?
Raphaël s'empressa de la rassurer.
-- C'est elle qui m'a appelé. Elle m'a même laisser venir te voir en premier...Mais...
-- Mais ?demanda-t-elle d'une voix éraillée.
-- Elle s'en veut. Ta s½ur pense que c'est elle qui a provoqué cet accident.
-- Albatre n'a pas vraiment tort. Nous nous disputions et je n'ai pas eu le temps de freiner.

Il se mordit la lèvre pour s'empêcher de répondre. Clarisse était très fatiguée. Elle verrait sûrement les choses d'une autre façon, plus tard.
-- Tu m'as dit que tu l'avais laissé conduire à l'aller...et si ça avait été elle qui conduisait aussi au retour ? Est-ce que tu lui en voudrais ?
-- Raphaël, elle m'a distrait et je n'ai pas regardé la route, à cause d'elle. Je ne l'aurai jamais laissé conduire sous la pluie d'ailleurs.
Il avait un regard indéchiffrable.
-- Ne sois pas trop dure avec elle quand elle viendra te voir. Je suis content que vous alliez bien, toutes les deux. Je t'aime.
Il embrassa la paume de sa main et se leva.
Dans le couloir, il croisa Albatre.
-- Est-ce qu'elle va bien ? Lui demanda-t-elle.
-- Elle est fatiguée...mais ça va. Au revoir Albatre.
Elle le regarda brièvement s'éloigner puis poussa la porte blanche.

Quand Clarisse rentra chez elle, elle n'en voulait plus à sa s½ur. Elle avait admis qu'elle n'aurait pas du quitter la route des yeux.
Albatre essayait de ne plus penser à cet anniversaire manqué. Elle gardait secrètement ranc½ur à Raphaël de ce qui s'était passé. Il y avait chez lui, dans sa personnalité, quelque chose qu'elle ne comprenait pas et cela l'agaçait.
Raphaël ne plus aux premières lueurs du jour. Il prenait souvent son petit déjeuner avec Clarisse et Albatre et parfois, Clarisse partait passer la nuit chez lui. Puis il accompagnait sa petite amie au travail.

En ce début de vacances, Albatre se trouvait désoeuvrée. Sa s½ur travaillait et la laissait seule, ou passait ses congés avec Raphaël.
Elle appelait ses copines, passait des heures au téléphone. Elle sortait dans les magasins, au cinéma, mais la ville se vidait et la chaleur devenait insoutenable.
-- Si on allait pique-niquer ? Lui demanda Clarisse un dimanche matin.
-- Hum...me griller au soleil sur une pelouse jaune et près d'un minuscule plan d'eau desséché ? Pourquoi pas.
-- Je ne crois pas que ce soit ça qui te gêne... Tu ne veux pas voir Raphaël, c'est ça ?
-- Je ne suis pas obligée de vous accompagner partout !
-- Écoute Albatre, j'ai trente ans, je ne te demande pas ton avis pour mes relations. Veux-tu que je reste célibataire toute ma vie, uniquement pour te faire plaisir ?
Albatre soupira. Son poignet la tiraillait toujours depuis l'accident, et cette sensation lui rappelait pourquoi elle ne devait pas apprécier Raphaël.
-- Je n'aime pas ce type. Il sonne faux.
-- Bon...fais ce que tu veux. J'irai pique-niquer avec lui.

Albatre ne les accompagna pas. Pourtant Raphaël avait insisté pour qu'elle vienne.
-- Je tiens à connaître ma futur belle-s½ur ! Avait-il dit en riant.
Clarisse sourit de plaisir en entendant cela.
-- Désolée...Je n'aime pas le soleil avait menti Albatre.

Albatre ne regrettait pas d'être restée chez elle. Elle mit la climatisation et commença à surfer sur internet.
Cyprien lui avait envoyé un message, ce qui l'étonna beaucoup. Elle ne se souvenait même pas lui avoir donnée son adresse. Cyprien était un terminale de son lycée, le genre de garçon qui ne lui parlait jamais plus de deux minutes.
Il lui plaisait, même si elle ne pensait pas souvent à lui. Albatre faillit tomber de sa chaise quand elle lut qu'il l'invitait à une sortie en boîte de nuit.
Enfin, il se passait quelque chose dans la ville désertée.

-- Je sors ce soir...
-- Où ? Demanda distraitement Clarisse en passant la porte.
Elle avait le bras passé autour de Raphaël et n'écoutait pas vraiment.
-- Je vais en boîte...Il y aura plusieurs copains.
Clarisse fronça les sourcils. Elle hésitait à approuver cette sortie.
-- Ok. Mais je viendrais te chercher à minuit !
-- Clarisse...geignit Albatre.
-- Une heure du matin au plus tard...

Albatre avait toujours l'impression que Raphaël arborait un air narquois, pendant qu'elle discutait avec sa s½ur. Elle sortit de la pièce en lui jetant un regard peu amène.
-- Ta s½ur m'aime beaucoup. Affirma-t-il avec ironie.
Clarisse soupira.
-- Vous devriez parler tous les deux...
Raphaël secoua vigoureusement la tête.
-- Non...
-- S'il te plait. Fais le pour moi !
Il serra sa main et lui fit un sourire plein de fossettes.
-- Très bien.
Clarisse lui donna un baiser et il partit à la recherche d'Albatre.

Elle se trouvait dans le couloir, assise sur la première marche de l'escalier, une cigarette à la main.
-- J'ignorais que tu fumais...dit Raphaël.
Albatre se tourna brusquement vers lui. Ses yeux noirs reflétaient son hostilité.
Raphaël faillit reculer sous ce regard sombre, mais au lieu de ça, il s'assit à côté d'elle. En réalité Albatre était gênée, mais en même temps, elle aimait bien sa présence. Son regard dur était le résultat de ses contradictions.
-- Je ne fume pas affirma-t-elle.
Il prit la cigarette des mains d'Albatre, elle était éteinte.
-- Qu'est-ce que tu fais avec ça alors ?
-- Je m'entraîne à faire semblant avoua-t-elle à contrecoeur. Il faut toujours fumer en boîte, ou faire semblant.
Il la regarda avec étonnement.
-- Je ne vois pas ça comme ça.
-- C'est comme ça pourtant. Pourquoi es-tu venu me parler ?
-- Je trouve ça sympa de pouvoir avoir une conversation avec ma belle-s½ur.
-- Si tu le dis.
Elle essaya de lui reprendre la cigarette des mains, en vain.
-- Tu ne peux pas me blairer Albatre ?
Elle encaissa la question comme un coup.
-- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
-- Tu ne me connais même pas. Depuis le début tu m'as jugé. Pourquoi Albatre ?
Elle se leva.
-- Ta tête ne me revient pas ! Que veux tu que je te dise ? Je ne passe pas mon temps à analyser mes impressions !
-- Peut-être que tu devrais le faire alors !
-- C'est sûrement ma s½ur qui t'as demandé de me parler...Alors ne fais pas semblant de t'intéresser à cette conversation !
Elle tourna le dos et rentra dans l'appartement.
Raphaël resta un instant dans le couloir, stupéfait qu'elle l'ai fait sortir de ses gonds.

La boite de nuit s'appelait le Garden'Ia, et se trouvait en périphérie de la ville, égarée au milieux d'entrepôts marchands. Albatre ne s'était jamais rendue à cet endroit, mais elle espérait bien s'amuser. Vêtue d'une robe noire et de longues bottes, elle priait pour ne pas avoir fait de faute de goût.
- Ton rouge est très voyant...lui fit remarquer Clarisse quand elles montèrent dans la voiture.
-- Je sais. Je suis toute en noir, ça mets une touche de couleur.
Sa s½ur lui lança un regard réprobateur.
La file d'attente était longue devant le Garden'Ia. Le néon rose fluo clignotait avec insolence, étalant le nom de la boite en éclairs lumineux.
-- Bonne soirée, fais attention à toi ! Déclara Clarisse en déposant sa s½ur.
Albatre se sentait un peu perdue. Elle cherchait des visages familiers.
-- Albaatre ! La héla quelqu'un.
Une fille en mini jupe rouge arrivait vers elle aussi vite que le permettait des hauts talons.
-- Les lie, comment ça va ?
Albatre la salua avec fraîcheur. Leslie était une connaissance mais surtout l'une des ex petites amies de Cyprien.
Mais Leslie amena Albatre à son groupe avec beaucoup de gentillesse.

Ils firent le pied de grue jusqu'à pouvoir entrer dans le Garden'Ia. Albatre fut impressionnée par la décoration à l'intérieur.
Le Garden'Ia était un entrepôt géant reconvertit en boite de nuit. Les murs multicolores, comme si on avait jetés des pots de peinture de tous côtés, étaient recouverts de tableaux kitsch. Une porte, située derrière l'estrade du DJ, donnait sur une cour extérieure. Et des lianes artificielles pendaient du plafond.
Albatre alla au bar pour se chercher une bière. Qu'elle ne boirait pas bien entendu.
-- Ça te plait ? Souffla une voix derrière elle.
Cyprien.
Il était charmant. Ses cheveux châtain clair luisaient sous la lumière des projecteurs.
-- C'est super ! S'exclama Albatre.
-- Tu n'étais jamais venue ?
-- Euh...non. Je vais au centre ville d'habitude mentit-elle.
Il souriait, les yeux brillants.
-- Tu veux qu'on aille faire un tout dans la cour ? Demanda Cyprien brusquement.
Albatre sentit ses battements cardiaques s'accélérer.
-- D'accord.
Ils s'éclipsèrent par la porte du fond et Cyprien passa son bras autour de la taille d'Albatre. Elle eut un sursaut de surprise, mais ne se dégagea pas.
La cour du Garden'Ia était recouverte de pavés, éclairée par un lampadaire de style rétro.
-- Tu veux une clope ?
Cyprien lui mit une cigarette sous le nez.
-- Merci mais je ne fume pas...
Aussitôt après avoir dit ça, Albatre se mordit la langue. Elle pouvait faire semblant, pourquoi avait-elle refusé ?
Cyprien lui jeta un regard étonné, comme s'il la voyait différemment.
-- Alors, encore une année en enfer ? Demanda-t-il avec un sourire narquois.
-- Ouais. Tu as eu ton bac au fait ?
-- Ouais, sans mention mais eu moins maintenant mes parents me foutent la paix.
Il resserra son emprise sur Albatre. Elle posa sa bière par terre et tenta de s'écarter un peu, peine perdue.
-- Tu me plais bien tu sais...même si tu fumes pas je veux dire.
Albatre fut prise de l'envie de partir en courant. Elle était déçue. Cyprien était loin de correspondre à l'image qu'elle se faisait de lui. Maintenant qu'il lui parlait, son air énigmatique et charmeur s'estompait.
-- Cyprien...Lache moi !
Il fronça les sourcils. Albatre tentait de se dégager.
Cyprien enfouit son visage dans le cou d'Albatre. Il commençait à l'embrasser sans écouter ses protestations. Albatre lui donna un coup de coude dans les côtes.
-- Je t'ai dit de me lâcher !

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et s'en alla, ses bottes à talons claquant sur les pavés. Albatre passa le reste de la soirée à danser. Étrangement, elle ne recroisa pas Cyprien.

Aux alentours de minuit et demi, Clarisse appela. Elle arrivait.
Albatre sortit alors du Garden'Ia, heureuse de quitter cette atmosphère confinée. Il faisait doux et l'abord de la boîte était désert.
Les minutes passaient lentement, la musique étouffée parvenait aux oreilles d'Albatre. Elle s'appuya contre un mur et attendit.
-- Albatre...soupira quelqu'un.
Cyprien sortit de l'ombre.
-- Qu'est-ce que tu veux encore ?demanda-t-elle sèchement.
-- Je ne te plait pas ? C'est ça ? Pourtant, il y en a d'autres qui ne demandent que ça !
-- Va t'en Cyprien !
Il la prit par le poignet, l'obligeant à le regarder en face.
-- Pour qui tu te prends Albatre, tu joues à la grande duchesse ?
Son haleine empestait l'alcool et le tabac froid. Albatre le voyait se rapprocher.
-- Cyprien, tu me fais mal !
-- Dis moi que ce n'est pas pour moi que tu t'es maquillée comme ça...dis le moi !
Il la serra contre lui, ses lèvres à son oreille, une main passant dans son dos, cherchant l'ouverture de sa robe. Albatre poussa un cri étouffé. Cyprien lui serrait la gorge. Il voulait l'étrangler. Personne ne l'entendrait. Un frisson parcourut Albatre. Il pouvait même la tuer, s'il voulait...

Cyprien fut jeté à terre. Albatre ne comprenait pas ce qui se passait.
-- Laisse la demoiselle tranquille ! Cria un homme.
-- Raphaël...souffla Albatre.
Le petit ami de Clarisse posa une main sur son épaule. Elle avait la tête qui tournait, et se laissa emmener jusqu'à la voiture de sa s½ur.
-- Ça va ? Demanda Raphaël.
Il était gentil.
-- Je...merci.
Elle eut honte en s'asseyant sur le siège arrière. Le rétroviseur lui renvoya l'image d'une jeune femme échevelée, dont le maquillage avait coulé. Son rouge à lèvres avait débordé, laissant des marques sur son menton.
-- Qu'est-ce qui s'est passé ? S'inquiéta Clarisse.
Raphaël posa sa veste sur les épaules d'Albatre. Celle-ci lui jeta un regard éloquent.
-- Un petit con. Je me suis occupé de lui...assura-t-il.
Clarisse serra sa petite s½ur dans ses bras, puis démarra.
-- Amis ? Proposa Raphaël.
Albatre tenta de lui sourire.
-- On peut essayer...

# Posté le mercredi 09 mai 2007 12:40

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