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Comme presque chaque jour depuis quelques temps, Albatre entendit chuchoter de l'autre côté de la cloison.
Elle alla ouvrir un store, faisant pénétrer dans sa chambre quelques fragiles rayons de soleil du petit matin.
Albatre savait que sa s½ur avait un amant. Il partait tôt le matin, sans autre bruit que le murmure d'une conversation. Il était un inconnu, un mystère qu'elle ne cherchait pas à percer. Albatre trouvait grisante la sensation qu'elle avait en imaginant les traits de cet homme. Elle avait tracé un portrait idéal de l'ombre qui sortait de la chambre de Clarisse.
Dans les pensées d'Albatre, il devait être parfait. Il se devait de l'être pour sa s½ur.
Clarisse qui l'avait élevée, qui avait troquée sa jeunesse contre des responsabilités d'adulte...
Avec l'espoir que bientôt Clarisse lui parlerait de son petit ami, Albatre replonge lentement dans le sommeil.
-- Tu as bien dormi ?demanda innocemment Albatre à la table du petit déjeuner.
Clarisse ramena nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille.
-- Très bien. La perspective de l'été me rend le sommeil.
Albatre la guettait narquoisement de ses yeux sombres, son bol entre les mains.
-- Tu as de la chance. Moi ce début de chaleur me réveille aux aurores.
Clarisse sentit le sous-entendu contenu dans cette phrase mais elle garda le silence.
-- Bon il faut que j'aille au lycée...A ce soir ma chère !
Restée seule dans la cuisine, Clarisse sortit son portable et se mit à le fixer de manière anxieuse.
-- Il faut que je trouve le courage de lui en parler...soupira-t-elle.
Un mois s'était passé. Les jours inégaux défilaient. Parfois ils étaient fluides et tout allait bien mais certains jours passaient mal, chaque heure s'étirant à l'infini...Clarisse se sermonnait, se répétait mentalement chaque mot qu'elle aurait à dire à Albatre. Mais une fois face au regard de sa s½ur, elle flanchait.
Albatre avait terminé son année de première. Ses notes étaient correctes, elle passait en terminale.
L'amant imaginaire de Clarisse, flottait dans la tête d'Albatre. Elle voulait maintenant le voir, sentir qu'il était réel. Elle voulait avoir une confirmation, s'assurer que les murmures de l'autre côté de la cloison n'étaient pas le fruit de son imagination.
Albatre prenait son mal en patience. Elle tendait des perches à Clarisse. Sans résultat.
Une nuit très tard, ou un matin très tôt, Albatre entrouvrît sa porte. Juste pour jeter un ½il. Elle guettait. Pour comparer l'imaginaire au réel.
Il avançait lentement. Seule une petite lampe éclairait le couloir. Il marchait sur la pointe des pieds, souple comme un chat.
Toutes ses hypothèses, les milliers de visages qu'elle lui avait attribué, étaient invérifiables...
Il restait brumeux et insaisissable, tel de la vapeur.
Albatre allait avoir dix sept ans. Fin juin. Clarisse pour fêter cet anniversaire, décida qu'elles iraient sur une plage.
-- Tu me laisseras conduire jusque là-bas ?demanda Albatre.
-- Mais tu es folle ! Tu n'as pas encore ton permis !
Mais elle finit par céder. Sur le trajet, Clarisse n'arrêtait pas de se tortiller sur son siège. Ses mains vernies de rose étaient serrées sur ses genoux. Quand son portable sonna, elle sursauta et mis du temps à le sortir de son sac.
Quand elle eut raccroché, Albatre l'interpella.
-- Qu'est-ce qui se passe Clarisse ? Pourquoi es-tu si nerveuse ?
-- J'ai...invité quelqu'un d'autre à ton anniversaire. Je te le présenterai sur la plage...
Elle tremblait en disant ça.
-- Pourquoi as-tu si peur de me présenter ce type ? Demanda Albatre, les mains crispées sur le volant.
-- Je n'ai pas peur. Je m'inquiète de ta réaction...C'est tout.
-- Je ne suis plus une petite fille. C'est normal que tu aies un copain. Si tu crois que je n'entends pas ses pas furtifs dans le couloir le matin...
Clarisse lui sourit.
-- C'était si puérile de ma part.
Elles se regardèrent et chacune sut qu'elle comprenait l'autre.
Il ne faisait pas très chaud ce jour là. Quand elles arrivèrent sur la côte, le ciel se voilait.
-- Super ! Il va pleuvoir pour mon anniversaire !
-- Ce ne sont que des petits nuages, ça va passer.
Assise sur le sable, Clarisse fixait le bout de la plage, tandis qu'Albatre entrait dans l'eau grise qui reflétait les nuages. Elle était l'une des seules à se baigner sous le ciel couvert. Albatre eut l'impression de se fondre dans une masse grisâtre quand elle plongea totalement dans l'eau.
Clarisse scrutait la plage du regard, une main enfouie dans le sable.
Puis Albatre se mit à nager et la perdit de vue.
-- Tu es en retard...souffla Clarisse. L'homme sourit pour se disculper.
-- Désolé Clarisse. Détends toi, ça se passera bien...Où est ta s½ur ?
Clarisse chercha mais aucune des silhouettes dans l'eau n'était Albatre.
-- Albatre ! Albatre !
La mer, lisse, sans aucune vague, lui renvoya son silence.
-- Bon sang ! Elle était dans l'eau ! Albatre !
Elle était derrière eux, debout à côté de sa serviette de plage, ruisselante d'eau, les cheveux plaqués en arrière. Attendant en silence.
-- Tu m'as fait une de ces peurs, Alb...
Prenant conscience que le regard assombri de la jeune fille était fixé sur lui elle les présenta.
-- Albatre, voici Raphaël mon petit ami, Raphaël, Albatre ma petite s½ur...
Albatre le toisait de haut en bas. Elle sentit immédiatement une vive antipathie pour lui. Il n'était pas à la hauteur de ses chimères.
Les cheveux noirs et le visage énergique, il n'avait pas l'air doux de ses alter ego imaginaires. Elle le trouva trop grand, trop brun. Ses yeux marrons étaient banals. Raphaël tendit la main à Albatre.
-- Salut dit-il en souriant.
Il avait l'impression qu'elle allait le mordre.
-- Salut répondit-elle en écho.
Il serra sa main glacée.
Comme presque chaque jour depuis quelques temps, Albatre entendit chuchoter de l'autre côté de la cloison.
Elle alla ouvrir un store, faisant pénétrer dans sa chambre quelques fragiles rayons de soleil du petit matin.
Albatre savait que sa s½ur avait un amant. Il partait tôt le matin, sans autre bruit que le murmure d'une conversation. Il était un inconnu, un mystère qu'elle ne cherchait pas à percer. Albatre trouvait grisante la sensation qu'elle avait en imaginant les traits de cet homme. Elle avait tracé un portrait idéal de l'ombre qui sortait de la chambre de Clarisse.
Dans les pensées d'Albatre, il devait être parfait. Il se devait de l'être pour sa s½ur.
Clarisse qui l'avait élevée, qui avait troquée sa jeunesse contre des responsabilités d'adulte...
Avec l'espoir que bientôt Clarisse lui parlerait de son petit ami, Albatre replonge lentement dans le sommeil.
-- Tu as bien dormi ?demanda innocemment Albatre à la table du petit déjeuner.
Clarisse ramena nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille.
-- Très bien. La perspective de l'été me rend le sommeil.
Albatre la guettait narquoisement de ses yeux sombres, son bol entre les mains.
-- Tu as de la chance. Moi ce début de chaleur me réveille aux aurores.
Clarisse sentit le sous-entendu contenu dans cette phrase mais elle garda le silence.
-- Bon il faut que j'aille au lycée...A ce soir ma chère !
Restée seule dans la cuisine, Clarisse sortit son portable et se mit à le fixer de manière anxieuse.
-- Il faut que je trouve le courage de lui en parler...soupira-t-elle.
Un mois s'était passé. Les jours inégaux défilaient. Parfois ils étaient fluides et tout allait bien mais certains jours passaient mal, chaque heure s'étirant à l'infini...Clarisse se sermonnait, se répétait mentalement chaque mot qu'elle aurait à dire à Albatre. Mais une fois face au regard de sa s½ur, elle flanchait.
Albatre avait terminé son année de première. Ses notes étaient correctes, elle passait en terminale.
L'amant imaginaire de Clarisse, flottait dans la tête d'Albatre. Elle voulait maintenant le voir, sentir qu'il était réel. Elle voulait avoir une confirmation, s'assurer que les murmures de l'autre côté de la cloison n'étaient pas le fruit de son imagination.
Albatre prenait son mal en patience. Elle tendait des perches à Clarisse. Sans résultat.
Une nuit très tard, ou un matin très tôt, Albatre entrouvrît sa porte. Juste pour jeter un ½il. Elle guettait. Pour comparer l'imaginaire au réel.
Il avançait lentement. Seule une petite lampe éclairait le couloir. Il marchait sur la pointe des pieds, souple comme un chat.
Toutes ses hypothèses, les milliers de visages qu'elle lui avait attribué, étaient invérifiables...
Il restait brumeux et insaisissable, tel de la vapeur.
Albatre allait avoir dix sept ans. Fin juin. Clarisse pour fêter cet anniversaire, décida qu'elles iraient sur une plage.
-- Tu me laisseras conduire jusque là-bas ?demanda Albatre.
-- Mais tu es folle ! Tu n'as pas encore ton permis !
Mais elle finit par céder. Sur le trajet, Clarisse n'arrêtait pas de se tortiller sur son siège. Ses mains vernies de rose étaient serrées sur ses genoux. Quand son portable sonna, elle sursauta et mis du temps à le sortir de son sac.
Quand elle eut raccroché, Albatre l'interpella.
-- Qu'est-ce qui se passe Clarisse ? Pourquoi es-tu si nerveuse ?
-- J'ai...invité quelqu'un d'autre à ton anniversaire. Je te le présenterai sur la plage...
Elle tremblait en disant ça.
-- Pourquoi as-tu si peur de me présenter ce type ? Demanda Albatre, les mains crispées sur le volant.
-- Je n'ai pas peur. Je m'inquiète de ta réaction...C'est tout.
-- Je ne suis plus une petite fille. C'est normal que tu aies un copain. Si tu crois que je n'entends pas ses pas furtifs dans le couloir le matin...
Clarisse lui sourit.
-- C'était si puérile de ma part.
Elles se regardèrent et chacune sut qu'elle comprenait l'autre.
Il ne faisait pas très chaud ce jour là. Quand elles arrivèrent sur la côte, le ciel se voilait.
-- Super ! Il va pleuvoir pour mon anniversaire !
-- Ce ne sont que des petits nuages, ça va passer.
Assise sur le sable, Clarisse fixait le bout de la plage, tandis qu'Albatre entrait dans l'eau grise qui reflétait les nuages. Elle était l'une des seules à se baigner sous le ciel couvert. Albatre eut l'impression de se fondre dans une masse grisâtre quand elle plongea totalement dans l'eau.
Clarisse scrutait la plage du regard, une main enfouie dans le sable.
Puis Albatre se mit à nager et la perdit de vue.
-- Tu es en retard...souffla Clarisse. L'homme sourit pour se disculper.
-- Désolé Clarisse. Détends toi, ça se passera bien...Où est ta s½ur ?
Clarisse chercha mais aucune des silhouettes dans l'eau n'était Albatre.
-- Albatre ! Albatre !
La mer, lisse, sans aucune vague, lui renvoya son silence.
-- Bon sang ! Elle était dans l'eau ! Albatre !
Elle était derrière eux, debout à côté de sa serviette de plage, ruisselante d'eau, les cheveux plaqués en arrière. Attendant en silence.
-- Tu m'as fait une de ces peurs, Alb...
Prenant conscience que le regard assombri de la jeune fille était fixé sur lui elle les présenta.
-- Albatre, voici Raphaël mon petit ami, Raphaël, Albatre ma petite s½ur...
Albatre le toisait de haut en bas. Elle sentit immédiatement une vive antipathie pour lui. Il n'était pas à la hauteur de ses chimères.
Les cheveux noirs et le visage énergique, il n'avait pas l'air doux de ses alter ego imaginaires. Elle le trouva trop grand, trop brun. Ses yeux marrons étaient banals. Raphaël tendit la main à Albatre.
-- Salut dit-il en souriant.
Il avait l'impression qu'elle allait le mordre.
-- Salut répondit-elle en écho.
Il serra sa main glacée.
