Coeur d'Albâtre- Epilogue

Coeur d'Albâtre- Epilogue
Je suis triste de devoir dire au revoir à mes personnages, parce que mine de rien je m'y suis attachée...
Voilà L'épilogue.
Le rideau tombe.
Et tout est bien qui finit bien...


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Épilogue

Albatre, assise sur le rebord de la fenêtre, contemplait le ciel étoilé.
Un peu moins de deux ans étaient passés, depuis la première fois où elle avait visité cette maison...sa maison. Prise d'une insomnie soudaine, Albatre était allée regarder dehors -comme pour trouver les réponses à ses interrogations- laissant son mari dormir paisiblement.
-- Tu ne dors pas ? Demanda la voix ensommeillée de Raphael.
Elle sortit de l'alcôve et alla se loger contre son torse nu.
-- J'avais besoin de réfléchir...
Elle posa son regard sur lui. En deux ans, rien n'avait changé entre eux. Ils s'aimaient autant sinon plus. Après le bac d'Albatre, ils étaient venus s'installer dans le Vaucluse. A l'abri du regard des autres. Raphael posa ses mains sur le ventre arrondi d'Albatre.
-- Est-ce qu'il a bougé ? Chuchota-t-il, les yeux pétillants de joie.
-- Non, pas encore, pourtant j'ai hâte qu'il se manifeste.
Sous la lumière de la lune, Albatre vêtue de sa robe de chambre diaphane, paraissait frêle et très pâle. Raphael la regarda longuement.
-- Qu'est-ce qui te tracasse ?
-- Je me pose des questions en ce moment...je me demande ce qu'est devenue Clarisse. Tu sais même si je ne parle jamais d'elle, j'y pense souvent.
Raphael approcha son visage près du sien.
-- Je comprends. Ça va faire un an que papa nous a quitté...et il ne sort pas un seul instant de mes pensées. Quoique nous ayons à reprocher à ceux qu'on aime, tout s'efface avec leur absence...
-- J'aimerais tant qu'elle connaisse notre enfant, Raphael.
Il encercla sa taille, caressant son ventre.
-- Nous irons la voir alors. Si tu en as besoin...
Albatre posa son front brûlant contre l'épaule fraîche de Raphael.
-- Merci. Ça compte pour moi.
Il déposa un baiser sur son front et prit sa main.
-- Maintenant viens dormir. Ne te tortures pas pour ça.
Il l'emmena jusqu'à leur grand lit rond et ils se couchèrent, blottis l'un contre l'autre.

Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Albatre s'éveilla. De l'air chaud s'engouffrait par la fenêtre de la chambre, lui donnant une désagréable impression de mollesse. Elle passa machinalement la main près d'elle et n'y trouva pas Raphael.
Elle se leva lentement et alla à nouveau vers la fenêtre.
Elle se rappelait tout les moments heureux vécus avec l'absence de Clarisse. Son mariage, sept mois plus tôt dans la minuscule mairie du village. La découverte de sa grossesse il y a environ cinq mois. Albatre n'avait plus de passé, seulement un avenir.
En venant s'installer dans son village natal et en acceptant un poste dans un lycée alentour, Raphael avait rompu avec son ancienne vie.
Il avait pu rester auprès de son père tandis que celui-ci vivait ses derniers instants...
Albatre était heureuse. Mais invariablement ses pensées revenaient vers sa s½ur. Qu'était-elle devenue ? Comment vivait-elle aujourd'hui ?
Albatre entendit des pas dans l'escalier de verre. Raphael.
Il apparut, portant un plateau garni d'un somptueux petit déjeuner. A cette vue, elle oublia un instant les fantômes qui la guettaient.
-- Room service mademoiselle dit-il avec un sourire décontracté.
Il posa le plateau sur le lit et entoura Albatre de ses bras, les mains sur son ventre.
-- C'est Madame maintenant précisa-t-elle en riant tandis qu'il l'embrassait dans le cou.
-- Ah pardon...j'avais osé espérer que vous ne fûtes pas mariée.
Albatre aimait ces instants où ils oubliaient le temps, plaisantaient, riaient tous les deux. Mais cela suffirait-il toujours ? Elle avait son bac mais pas de métier. Elle avait un mari mais plus de s½ur.
-- Raphael. Je veux retrouver Clarisse. C'est peut-être une envie stupide de femme enceinte...mais maintenant que nous allons avoir un enfant, j'aimerais renouer avec elle.
Raphael la fixa de ses yeux ocrés, toujours prêt à l'écouter.
-- Ok...quand est-ce que tu veux qu'on y aille ? Nous sommes en vacances, nous avons tout le temps...
Albatre prit sa main.
-- Si tu savais comme je suis heureuse de t'avoir...tu es toujours là pour moi. Dis le si ça te dérange que je te demande cela.
-- Tu es ma femme et...je t'ai enlevé à tout, je me dois alors d'accéder à tes requêtes.
Albatre sourit et passa sa main sur la joue de Raphael.
-- Tu ne m'a enlevé à rien...vivre avec toi et avoir un enfant est plus que je n'aurais jamais imaginé...
-- Mais ?
Ils se fixèrent un instant, se sondant l'un et l'autre du regard.
-- Mais j'ai besoin de sentir que j'ai encore une famille.
-- Si tu veux bien nous pouvons partir demain Albatre. Tu n'as qu'un mot à dire.
Elle plaça ses mains sur ses épaules et se cala contre lui.
-- Merci Raphael.
Il la conduisit vers le plateau du petit déjeuner qui les attendait toujours. Albatre lui fit un clin d'½il et posa le plateau sur le sol. Elle posa sa paume sur la nuque de Raphael et l'attira vers elle.
Elle avait besoin de lui.
Les yeux assombris, il commença à défaire les boutons de sa robe de chambre.
-- Je crois effectivement que le petit déjeuner pourra attendre souffla-t-il.

En se retrouvant devant son ancien immeuble, ce bâtiment qui avait abrité tant d'années de sa vie, Albatre ressentit un pincement au c½ur.
Qu'avait-elle cru ?
Qu'elle pourrait revenir ici sans rien se rappeler, sans que des flots d'images du passé ne sortent à tire d'aile de tous les étages ?
Albatre n'avait aucune certitude. Que Clarisse soit là ou non, qu'elle accepte de lui parler ou non, rien n'était annoncé.
Raphael pressa ses doigts. Elle se tourna vers lui, anxieuse et effrayée de ce retour en arrière. Dans sa poche, la photo d'elle et Clarisse trônait comme un porte bonheur. Deux ans. Sept cent trente jours que ses pas n'avaient plus résonnés dans cette ville.
Albatre passa une main sur son ventre comme pour acquérir le soutien de son bébé.
-- Tu ne veux pas que je t'accompagne ? Demanda Raphael.
Elle secoua négativement la tête.
-- Non, je dois le faire seule.
Elle lâcha sa main et se dirigea vers le hall de l'immeuble. Une pression désagréable enserrait ses poumons.
Elle devait le faire.
Peu importe ce qui arrive ensuite.
Elle entra et monta les marches d'un pas lent.
Tout était figé, silencieux. C'était différent de dans ses souvenirs. Cette immeuble n'était plus son toit, il était juste un endroit quelconque, comme on en trouve tant dans toutes les villes. Arrivée devant la porte de l'appartement, Albatre ferma les yeux et frôla de la main la poignée métallique, puis elle caressa délicatement le bois ciré.
Enfin, elle se résigna à frapper. Ce fut un homme chauve qui ouvrit.
-- Je ne veux rien acheter dit-il précipitamment.
Puis il détailla Albatre et remarqua qu'elle n'avait rien d'une démarcheuse.
-- Qu'est-ce que vous voulez ?
-- Je voudrais savoir si Clarisse Sayas habite toujours ici...
L'homme se gratta le menton.
-- Euh...Sayas...Sayas. C'est le nom de l'ancienne locataire. Ça fait un an qu'elle est partie, je crois. Juste avant que j'arrive.
Albatre fut soulagée, puis atrocement déçue.
-- Merci, je suis désolée de vous avoir dérangé.
-- Ce n'est pas grave, au revoir mademoiselle.
Albatre tourna les talons avec un sentiment indéfinissable. Elle sortit en courant de l'immeuble faisant claquer la porte derrière elle.
Raphael se précipita vers elle, la prenant dans ses bras.
-- Ça va ? Que se passe-t-il Albatre ?
Elle était pliée en deux, le souffle coupé. Raphael apposa les mains sur son abdomen.
-- Tu as couru ? Pourquoi ?
Elle inspira.
-- Je suis désolée.
Elle sentit les larmes perler à ses yeux. Il posa sa tête sur son épaule, enlaça tendrement son dos.
-- Dis le moi, qu'est-il arrivé ? Tu n'as pas mal au ventre au moins ?
-- Je suis venue pour rien. Clarisse n'est pas là. Elle n'est plus là.
-- Nous allons la chercher. Et nous la trouverons, je te le promets !
Albatre eut un petit cri de douleur. Raphael, inquiet, la relâcha.
-- Quoi, que se passe-t-il ?
Albatre éclata de rire, se massant le ventre.
-- C'est le bébé, il m'a donné un coup de pied.
Elle prit la main de Raphael et la posa près de la sienne.
-- Tu sens ça ? Il bouge...
Elle remarqua la lueur de fierté dans les yeux de son mari.
Raphael captait les moindres mouvements du f½tus avec une joie évidente.
-- C'est ma fille dit-il.
Albatre rit.
-- Comment peux-tu savoir que c'est une fille et pas un fils ?
-- Je le sais.
Ils s'éloignèrent de l'immeuble main dans la main décidés à trouver Clarisse où qu'elle soit.

En cherchant dans l'annuaire de la région, Albatre trouvèrent une Clarisse Sayas. Elle habitait un petit village en périphérie.
Albatre craignait de revoir sa s½ur. Elle hésita, ayant son adresse à la main. Devait-elle d'abord l'appeler ? La réponse serait-elle la voix froide et pleine de colère de Clarisse ?
-- Va la voir dit Raphael. Elle est toujours là, tu peux toujours lui dire combien tu l'aimes. Souviens toi de tes propres paroles. La vie est courte, va la voir.
Albatre opina de la tête.
-- Je vais y aller. Souhaite moi bonne chance.
Il la déposa dans la cour qui donnait sur la maison de Clarisse et lui donna un long baiser.
-- J'aimerais pouvoir venir et m'excuser aussi, mais je crains que cela ne t'aide pas beaucoup.
-- Je sais. Merci mon petit mari...
Il sourit mais elle lut de l'inquiétude dans son regard noisette.
-- Je ne serai pas garé loin...petite roche dit-il.
Ils se quittèrent à regret et Albatre, d'un pas mécanique, alla sonner chez Clarisse. Mentalement elle compta les secondes jusqu'à ce que la porte s'ouvre.
Un homme blond apparut sur le seuil. Il était vêtu d'un polo et d'un pantalon d'apparence coûteuse. Albatre crut à nouveau s'être trompée d'adresse, mais étrangement l'inconnu lui était familier.
-- Vous désirez ?
Albatre tremblait.
-- Est-ce que...Clarisse est là ?
Il sourit alors découvrant un sourire éclatant d'artificialité.
-- Oui, bien sûr. Qui dois-je annoncer ?
Albatre marqua une pause.
-- Sa s½ur.
Il écarquilla les yeux.
-- Bien...d'accord. Patientez un instant s'il vous plait.
Il disparut à nouveau à l'intérieur.
Albatre passa machinalement la main sur son ventre. Comme s'il avait entendu son appel, le bébé bougea doucement. La porte se mut à nouveau, sur une femme. Sur Clarisse.
Mais ce n'était plus vraiment Clarisse. Elle avait coupé ses cheveux châtains et ses vêtements étaient plus strictes, plus élégants.
Le regard vert de Clarisse se posa immédiatement sur l'alliance en or blanc d'Albatre puis sur son ventre rond. Albatre retint son souffle.
-- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda abruptement Clarisse.
-- J'avais envie de te voir.
Un courant d'air ferma la porte derrière elles, les isolant du foyer accueillant de Clarisse. Celle-ci vrilla Albatre d'un regard dur. Elle resserra le léger gilet qui couvrait sa fringante robe noire. Le soir pointait le bout de son nez, accompagné d'un vent frais.
-- Comment oses-tu te présenter à ma vue portant l'enfant de...comment Albatre ?
-- J'ai besoin d'une s½ur...
-- Tu as besoin de moi quand ça t'arranges ! Il t'as abandonnée, c'est ça ? Laissée tomber après s'être bien amusé ?
-- Raphael est mon mari maintenant.
Clarisse recula.
-- Va t'en ! J'ai refait ma vie. Je ne veux plus te revoir ! Qu'espérais-tu , que je t'accueille à bras ouverts en te demandant comment tu allais appeler ton gosse ?
Albatre baissa la tête. Elle regarda Clarisse rentrer puis fixa la porte quelques minutes. Rien n'avait changé. Clarisse ne la pardonnerait pas.
Après avoir rangé sa s½ur au rayon oubli, Albatre se concentra sur sa grossesse. Louise, sa belle-mère était aux petits soins pour elle, impatiente de voir son petit fils. Albatre se sentit choyée et mit de côté ses blessures.
C'est ainsi qu'au milieu d'un mois de novembre étonnamment doux, elle accoucha.
C'était une fille. Raphael et Albatre se mirent d'accord sur Carla Calypso Jouvert.
En tenant Carla au creux de ses bras, Albatre se demanda comment elle avait pu vivre sans cette petite merveille. Raphael, ne quittait pas son enfant des yeux, ne croyant pas encore à la réalité de cette naissance. Carla chassa pour un temps tous leurs doutes et toutes leurs réminiscences du passé.

Quand Carla eut trois mois, Raphael dénicha un avis dans le journal qui attira son attention.
Le docteur Sébastien Bellanger a le plaisir de vous annoncer son mariage avec Clarisse Sayas, commerciale de la société x.

Le mariage de Clarisse avait été célébré dans la maison de campagne de son mari, un chirurgien réputé. En apprenant cela Albatre qui regardait son bébé dormir eut un sursaut de surprise.
-- Elle s'est mariée ?
-- Oui, avec un certain Bellanger...
-- Mais bien sûr ! Je ne l'ai pas bien reconnu mais c'était l'un des médecins qui a soigné Clarisse après sa tentative de suicide.
-- Je suis content qu'elle ait réussi à refaire sa vie.
-- Elle ne m'a même pas invité Raphael...
-- Toi non plus, tu ne l'as pas invité à notre mariage.
Albatre regardait Carla tenant de sa main les tout petits doigts de sa fille.
-- Je dois aller la voir. Je veux qu'elle soit la marraine de Carla.
Albatre, assise sur le banc, fixait la rivière qui serpentait paisiblement au pied du quai. Contre elle, Carla sommeillait. Une ombre passa près d'elle.
-- Clarisse souffla-t-elle.
Sa s½ur, emmitouflée dans un grand manteau s'assit à côté d'elle.
-- Tu m'avais dit que tu ne viendrais pas quand je t'ai téléphoné dit Albatre.
Le regard de Clarisse qui était aussi froid que l'air ambiant s'adoucit quelque peu.
-- Je ne sais pas ce que je fais là.
Ses yeux verts se posèrent sur Carla.
-- C'est ton enfant.
-- Carla Calypso Jouvert. C'est ma fille.
Clarisse tressaillit puis elle tendit la main vers le bébé assoupi.
-- Elle est jolie.
-- Merci...Au fait félicitations pour ton mariage.
C'était comme si elles réapprenaient à se connaître.
-- Si j'ai pu venir Albatre, c'est parce que j'ai trouvé un nouvel équilibre. Je veux que tu le saches, depuis ton départ, Sébastien est la seule personne en qui je crois.
-- Je veux que tu sois la marraine de Carla. Tu n'as pas idée de combien tu m'as manquée...
Clarisse sourit lentement, comme si une douce musique résonnait à son oreille.
-- J'ai aussi besoin d'une s½ur...et d'une filleule.








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