14
Albatre n'avait pas aussi bien dormi depuis longtemps. Quand elle ouvrit les yeux, la première chose qu'elle vit fut le visage séduisant de Raphael penché sur elle.
Elle cligna des yeux pour être sure qu'elle ne rêvait pas.
-- Bien dormi ? Chuchota-t-il.
-- Parfaitement.
Il y a quelques mois, elle n'aurait même pas imaginé qu'il puisse la regarder de cette façon. Cela la rendait heureuse.
La réalité se rappelant finalement à elle, elle se leva précipitamment et trébucha, rattrapée par Raphael.
-- Il faut que je rentre, je n'ai même pas prévenu Clarisse que je ne dormais pas à la maison !
Elle ralluma son portable et trouva six appels en absence.
-- Et le petit déjeuner ? Demanda Raphael.
Il ne semblait pas décidé à vouloir la laisser partir.
Albatre flattée qu'il veuille la retenir, tenta malgré tout de trouver une raison de s'en aller.
-- Ce n'est pas la culpabilité qui t'étouffe ironisa-t-elle. Il faut vraiment que je rentre, je n'ai pas de temps pour le petit déjeuner...
Il fut interloqué par tant de véhémence soudaine.
-- Très bien alors pars. Si c'est ça qui arrange ta conscience...répliqua-t-il un peu rudement.
Albatre ne comprit comment ces phrases s'étaient enchaînées.
Elle ne voulait pas être brutale avec Raphael, seulement le convaincre qu'elle ne pouvait raisonnablement pas rester.
Maintenant, il lui tournait le dos.
Prise d'un brusque regret, elle l'enlaça et s'appuya contre lui.
-- Je voudrais rester, tu le sais Raphael...même si c'est lourd à porter pour moi de mentir à ma s½ur. J'ai du mal à être aussi insouciante que toi.
-- Je ne suis pas si insouciant que ça...mais je me dis que j'ai choisi ma voie et que si j'ai des regrets, ça me pourrira la vie. Je veux tellement que nous soyons un couple normal...
-- Moi aussi.
Il pivota sur lui-même et ils se retrouvèrent face à face.
-- Je crois que nous sommes un cas désespéré...
Il plaisantait mais n'était pas loin de le penser.
-- Je le pense également dit-elle en l'embrassant.
Il souleva Albatre dans ses bras et alla la déposer sur son lit.
Ils oubliaient vite les mots qu'ils s'étaient lancés pour se concentrer sur leurs sentiments. Albatre perdit la notion du temps et de l'espace, serrant Raphael contre elle.
Puis son portable sonna, les dérangeant brutalement.
Ils se séparèrent lentement et Albatre fut tentée de ne pas répondre.
-- Allo ? Clarisse ?
Raphael lui enlaça la taille tandis qu'elle discutait avec sa s½ur. Il se mit à la chatouiller et elle lui lança un regard meurtrier pour qu'il arrête. Clarisse remarqua qu'elle ne tentait de contenir son rire et essaye de lui faire avouer où elle se trouvait.
-- Je ne peux pas te dire où je suis...Bien sur que je vais bien. Ne t'inquiètes pas Clarisse. C'est ça, à ce soir !
Elle réprimanda Raphael quand elle eut raccroché.
-- Tu es fou...si elle m'avait entendu rire, ou je ne sais pas moi...ce n'est pas sérieux.
Il sourit, comme un adolescent prit en faute.
Il fit basculer Albatre en arrière et souffla à son oreille.
-- Ma bonne humeur ne connaît plus de limites puisque tu restes !
-- Eh, je n'ai jamais dit ça !
-- Si, tu as dit à ce soir, ce qui signifie que jusque là tu restes ici...
Elle l'embrassa pour le faire taire, décidée à ne plus penser aux conséquences de ses actes.
La sonnerie de l'interphone les interrompit à nouveau.
Albatre se releva et par réflexe remit son pull.
-- On ne peut jamais avoir la paix...souffla-t-elle.
Raphael sourit narquoisement.
-- Vos pensées ne sont pas très convenables mademoiselle...
La sonnerie se fit plus pressante.
-- Vas voir qui c'est...bafouilla-t-elle gênée par le trouble que Raphael provoquait en elle.
Il répondit d'une voix assurée, puis Albatre le vit se décomposer. Elle s'approcha et reconnut la voix de sa s½ur dans le combiné de l'interphone. Elle fit de grands signes apeurés à Raphael.
-- Attends une minute Clarisse, tu veux ?
Il raccrocha et Albatre l'assaillit de questions.
-- Elle est là...mais qu'est-ce qu'elle veut ?
Raphael hésita à parler.
-- Elle m'a dit que puisque tu étais sortie pour la journée, elle était...tranquille pour venir me voir.
-- Quoi ? Mais qu'est-ce qu'on fait ?
-- Elle a l'air décidé à monter et si je refuse, ça risque de mal se passer...
Albatre ferma les yeux, le c½ur battant à une vitesse folle.
Elle essaya de respirer lentement, mais elle étouffait presque.
-- Ok...fais la monter.
Raphael était calme, du moins en apparence, mais il protesta.
-- Quoi ?
-- Trouves moi une cachette et fais la monter. De toute façon elle ne devrait pas rester longtemps non ?
Raphael hocha la tête.
-- Je vais lui dire clairement que je ne veux pas ressortir avec elle. Viens, tu n'as qu'à entrer dans l'armoire de ma chambre...
Quand elle fut debout au dessus des piles de vêtements de Raphael et qu'il allait refermer le battant de bois ciré, elle lui glissa :
-- Un vrai vaudeville n'est-ce pas ?
Il éclata de rire et referma l'armoire sur elle, laissant un espace pour qu'elle respire.
Il ne s'était passé que quelques secondes et Albatre trouvait déjà le temps long. Avait-elle peur d'affronter Clarisse au point de se cacher dans une armoire ? Certainement oui. Et cela l'agaçait.
Elle entendit les hauts talons de sa s½ur qui résonnaient dans le hall. Albatre ne pouvait pas voir Clarisse mais elle l'imaginait, habillée pour séduire Raphael, prête à tout pour le récupérer. Son ventre se tordit d'angoisse.
Elle enfouit son visage dans l'un des pulls de Raphael suspendu à un cintre, près d'elle.
Elle respira son léger parfum et cela la calma un instant. Les pas de Clarisse et Raphael se rapprochèrent.
Elle pouvait maintenant entendre leur conversation.
-- ...Raphael. Cela m'a ouvert les yeux. Je tiens à toi et je suis prête à beaucoup de concessions pour que notre histoire reprenne...
La voix de Raphael lui parvint, légèrement froide.
-- Je suis désolé Clarisse. Je ne veux pas te donner de faux espoirs. Nous ne serons plus un couple...Et même si on a eu des moments heureux, reconnais que ça ne marchais pas très bien.
Au son de sa voix, on sentait que Clarisse se forçait à rester optimiste.
-- Ça marchera ! Écoutes...je ferai des efforts, je ne te ferai plus de reproches, mais ça ne peut pas s'arrêter comme ça !
-- Je n'ai pas le droit d'exiger tout cela de toi, car moi-même, j'aurai beaucoup de choses à changer...je ne suis pas prêt à faire des efforts et j'ai de nombreux défauts.
Les talons de Clarisse claquèrent contre le sol, comme si elle tapait du pied.
-- Peu importe ! Je t'aime et je veux juste être avec toi, je ferai n'importe quoi pour ça !
-- Je...je ne t'aime plus Clarisse, du moins pas comme avant. Je sais l'erreur que j'ai fait en te quittant, tu ne méritais pas ça, mais je devais le faire.
Il y eut un claquement qui résonna comme un coup de fouet. En entendant ça Albatre sursauta et se cogna contre la porte de l'armoire.
-- Salaud ! Ne cherche pas à te justifier...tu m'as quitté pour une petite p...
-- Je t'en prie Clarisse coupa-t-il. Je...
-- Si tu as peur de la vérité, moi non ! Elle est sûrement plus jeune, plus jolie. Tu me déçois je te pensais différent Raphael !
-- Tu m'as toujours mis sur un piédestal et tu avais tort...dit-il simplement.
Albatre pensait que Clarisse était repartie puisque le silence s'était installé. Puis le bruit des pas reprit et elle comprit que Clarisse empruntait le couloir.
Elle se tapit au fond de l'armoire et étala les vêtements de Raphael, devant elle comme un écran. Elle préférait mourir étouffée plutôt que Clarisse ne la découvre.
Raphael cria, cette fois-ci totalement angoissé.
-- Où vas-tu Clarisse ?
-- Je ne sais pas...peut-être est-elle dans ta chambre, qui sait ? Cette garce qui m'a volé mon petit ami !
-- Il n'y a personne, tu le sais bien !
Clarisse poussa la porte de la chambre qui s'ouvrit à la volée.
-- Allez sors, sois honnête, qui es-tu, une collègue de Raphael ? Cria-t-elle.
Albatre se terrait de plus en plus, se forçant à ne plus respirer, sa cage thoracique douloureuse.
Raphael entra à son tour et empoigna Clarisse par le bras.
-- Arrêtes ! N'es-tu pas capable d'accepter la séparation ? Tu ne te conduis pas comme la femme que j'ai pu aimer !
Clarisse se jeta contre Raphael, pleurant soudain.
-- Tu ne comprends pas, que je me fous d'être celle que tu as aimée, je veux être celle que tu aimes, celle que tu désires !
Il essaya de la consoler, mais elle se répandait en phrases dénuées de sens.
-- Je t'en prie va-t-en Clarisse...tu te fais du mal.
Elle tenta de le gifler à nouveau, mais il bloqua son bras.
-- C'est toi qui me fais du mal ! Et ne me raccompagne pas jusqu'à la porte, je sais où est la sortie. Je finirai par savoir qui c'est Raphael !
Elle s'en alla, tentant de ne pas se remettre à pleurer. Une fois que sa s½ur fut bel et bien partie, Albatre émergea de l'armoire. Raphael s'approcha d'elle, le regard meurtri et elle lui prit la main.
-- Ça n'a pas été trop dur d'entendre tout ça ? Demanda-t-il.
-- C'est pour toi que je m'inquiétais. Est-ce qu'elle t'as giflé ?
Raphael sourit amèrement.
-- Plutôt deux fois qu'une.
Albatre se laissa tomber sur le lit, fixant le plafond d'un air sombre.
-- Je ne crois pas qu'on pourra fuir la culpabilité. Elle est là, sournoise,rampante.
Raphael laissa échapper un soupir.
Debout dans la pièce, il faisait les cent pas.
Alors qu'elle ne s'y attendait pas, Albatre le vit donner un coup de poing dans le mur.
Il était silencieux mais son regard désespéré la heurta.
-- Pourquoi...pourquoi suis-je incapable d'être clair avec les gens ? Demanda-t-il d'une voix blessée.
Albatre pouvait sentir la détresse qui émanait de lui. Elle le contemplait en se disant que sans elle, rien de tout cela ne serait arrivé. Mais rien qu'à l'éventualité de devoir se passer de lui, elle savait qu'elle ne pourrait pas se sacrifier pour Raphael. C'était devenu impossible.
-- Je suis lâche dit Raphael.
Albatre se leva et se posta en face de lui, le regardant dans les yeux.
-- Moi aussi dit-elle en lui tendant la main.
Elle voulait lui dire qu'elle était là. Qu'il ne devait pas être le seul à porter le poids de tout cela. Il la fixa, l'air perdu.
Ses yeux marrons, assombris, se détournèrent et il prit sa main.
-- Est-ce que tu peux me laisser seul...Albatre, s'il te plait ?
Elle pressa sa main comme pour ramener son esprit vers elle. Elle ne voulait pas l'abandonner. Le laisser s'enliser dans un chagrin mélancolique.
-- Je suis désolé...mais je voudrais réfléchir, et même si j'ai besoin de ta présence je...
-- D'accord. Je comprends. Je vais te laisser.
Elle partit, effrayée par le silence qui s'installait autour d'elle.
Dehors le ciel reflétait son humeur soudaine. Il était gris et opaque. Elle se rendit à la voiture de Clarisse qu'elle avait garée dans une ruelle à l'écart. Elle se félicita d'avoir pensé à cela, ainsi Clarisse n'avait pas repéré la voiture.
Une fois assise sur le siège conducteur, elle s'affala contre le volant. Albatre était en colère contre elle-même et contre Clarisse. Elle souffla pour se calmer et démarra.
Clarisse n'était pas à l'appartement. Elle n'avait laissé aucune indication sur l'endroit où elle se trouvait et quand Albatre l'appela, elle tomba sur sa messagerie.
C'était dimanche, elle pouvait être n'importe où. Chez une amie ou dans un restaurant. Et elle était adulte. Il ne fallait pas s'en faire.
Albatre se prépara un repas, sans grand enthousiasme. Tout c'était enchaîné très vite ce matin.
Les bras de Raphael, puis l'armoire où elle avait du se cacher. Cela tourbillonnait dans sa tête. Elle revit la rage sourde de Raphael, son poing heurtant le mur de plâtre blanc.
Ses prunelles désespérées, comme hantées.
Elle songea que dans la semaine qui arrivait, elle aurait un nouveau professeur de philosophie. C'était mieux, mais elle n'arrivait pas à s'en persuader.
Elle passa le reste de sa journée dans une sorte de brouillard. Albatre ne faisait rien, restait assise, le regard dans le vide. Résistant à l'envie de penser à Raphael.
A la vue de la nuit qui tombe, elle sembla retrouver un peu de mouvement et se rendit compte que sa s½ur n'était pas encore rentrée.
Elle s'inquiéta un peu, puis décida ne plus s'en soucier.
Albatre replongea à nouveau dans une profonde léthargie, et décida d'aller se coucher.
Jamais un lundi matin ne parut à Albatre, plus explosif.
Elle se réveilla en retard, et tout de suite Clarisse lui tomba dessus. Sa s½ur but plusieurs tasses de café les unes à la suite des autres et commença à hurler contre elle.
-- Dépêche-toi ! Et sache que dorénavant tu n'as plus le droit d'emprunter ma voiture ! Regarde toi ce matin, sans énergie, complètement perdue, tu me fais pitié Albatre !
-- Je ne te dirai même pas ce que je pense de toi, Clarisse...Je crois que tu ne supporterais pas le choc ! Cria Albatre en se hâtant de préparer ses affaires de cours.
-- Ne me parle pas comme ça !
Clarisse, à bouts de nerfs semblait sur le point d'éclater en sanglots. Albatre vit qu'elle prenait un comprimé. Elle voulut alors s'arrêter, prendre le temps de lui demander comment elle allait.
Mais Clarisse lui cria de partir, de ne pas perdre plus de temps encore.
Albatre se demanda jusqu'à quel point elles ne se comprenaient plus...
Pendant sa semaine qui se passa de façon conventionnelle, Albatre n'entendit pas parler de Raphael.
Au départ, elle se dit qu'il avait besoin de temps. Qu'il voulait s'isoler, réfléchir et que ça prenait du temps.
Mais parce qu'elle ne le voyait plus au lycée, ce fut comme s'ils s'étaient séparés il y a un mois. Le nouveau professeur de philosophie d'Albatre, un homme approchant de la retraite était grincheux, à mille lieux de Raphael. Albatre se morfondait échangeant des piques avec Clarisse. Sa s½ur ne savait pas lui communiquer son mal être, et elles s'enfermaient dans l'hostilité.
Le temps passa lentement, puis Albatre se rendit compte que cela faisait trois semaines qu'elle n'avait vu ni entendu Raphael. Elle était horrifiée de constater qu'elle s'habituait à cette absence.
D'une certaine façon cela lui simplifiait la vie. Mais cela devenait alors une vie sans saveur.
Plus les jours s'accumulaient, moins Albatre n'osait contacter Raphael.
Son visage, ses yeux ocres faisaient partie d'un rêve lointain. Il redevenait une obsession à part entière...
Elle cherchait de bonnes raisons de l'appeler, d'aller le voir. Mais à chaque fois, quelque chose l'en empêchait.
Un soir, elle vit Clarisse s'effondrer sous ses yeux.
Clarisse, comme d'habitude, était agitée. Elle allait et venait dans la cuisine après avoir posé le dîner sur la table.
Devenant incohérente, elle rinçait des assiettes, s'asseyait, se relevait, lançait des phrases sans sens.
-- Une autre...j'en suis sûre...pourtant je lui avais dit...
Albatre la regardait tourner en rond, impuissante à calmer ses angoisses.
Puis elle tomba.
Albatre la vit chuter sur le carrelage blanc, comme au ralenti.
Elle se jeta alors à son chevet. Clarisse respirait difficilement, ne parvenant pas à se relever. Albatre la supplia de se réveiller, d'ouvrir les yeux.
Clarisse ne réagissait plus. Elle se força à ne pas paniquer. Ne pas crier à l'aide inutilement. Elle saisit son portable, appela un ambulance.
L'attente fut interminable. Albatre avait peur pour sa s½ur, elle se disait que tout était de sa faute.
Quand deux ambulanciers et un médecin sonnèrent à la porte, il la trouvèrent en larmes, tremblant de tout son corps.
A la vue du médecin penché sur Clarisse, elle eut peur de l'avoir tué. C'était stupide mais rien ne pouvait chasser cette impression.
-- Que s'est-il passé ? Demanda gentiment un infirmier.
-- Je...elle était agitée...elle marchait et elle est tombée...je n'ai rien pu faire, je vous en prie...
L'infirmier lui donna un calmant qui l'apaisa un peu. Elle guettait le diagnostic du médecin.
Il décida qu'il fallait emmener Clarisse sur une civière.
-- Qu'est-ce qu'elle a ? Qu'est-ce qu'elle a ? cria Albatre.
Elle avait chaud, tout était flou, tout allait vite. Et on ne voulait rien lui dire.
Albatre monta dans l'ambulance, la mort dans l'âme.
On avait placé un masque à oxygène sur le visage de Clarisse. Albatre prit la main de sa s½ur et la trouva glaciale.
Qu'avait-elle fait ?
Elle endossait la responsabilité de ce qui arrivait à sa s½ur.
Une fois à l'hôpital, Albatre dut encore attendre.
Elle jetait des regards affolés autour d'elle. Personne ne se souciait de sa présence. On avait emmené Clarisse.
Elle avait besoin de Raphael.
Cette pensée traversa son esprit comme un coup de tonnerre. Cela faisait presque un mois qu'elle ne l'avait vu, elle comptait quasiment les jours.
Son c½ur se mit à faire des embardées quand elle composa le numéro de Raphael.
-- Allo ?
Elle faillit se remettre à pleurer, en entendant sa voix grave.
-- Raphael, c'est moi...
-- Albatre souffla-t-il. Je suis désolé, j'aurais du te parler ou t'appeler...
-- Ça n'a pas d'importance. Clarisse a fait un malaise, elle est aux urgences. Je ne sais pas ce qu'elle a. Je t'en prie, viens vite !
Il resta silencieux quelques secondes puis répondit cachant mal son émotion.
-- J'arrive !
Albatre alla s'asseoir dans la salle d'attente, le visage entre les mains. Personne ne venait l'informer.
Puis Raphael fut auprès d'elle. Elle se jeta dans ses bras et il la serra contre lui pour la rassurer.
-- Ça va ? Demanda-t-il.
-- Personne ne me dit rien...je ne sais pas ce qui se passe chuchota-t-elle.
Il se força à s'éloigner d'elle et prit un air grave.
-- Est-ce que tu as essayé de parler à un médecin ?
-- Non...j'ai eu peur de craquer. Je m'inquiètes tellement pour Clarisse.
Elle se plongea dans le regard attentif de Raphael.
-- Ne t'en fais pas, tout ira bien assura-t-il.
Dix minutes plus tard, un médecin se présenta.
-- Vous êtes la s½ur de Mlle Sayas ?
Elle acquiesça, se raccrochant au bras de Raphael.
-- Comment va-t-elle ? Est-ce que c'est grave ? Demanda-t-il.
Le petit médecin leva un sourcil vers lui.
-- Monsieur est de la famille ?
-- Oui. Qu'à ma s½ur ? S'il vous plait...
L'homme en blanc sortit une note de sa poche. Et mit ses lunettes pour la lire, sans se presser.
-- Alors...Mlle Clarisse Sayas. Elle a avalé des amphétamines et un cocktail de médicaments à moindre dose. On lui a fait un lavage d'estomac. Elle est en observation.
Puis sans la laisser réagir ou lui poser d'autres questions, il fila. Albatre se laissa tomber sur une chaise en plastique.
-- C'est de ma faute souffla-t-elle.
Raphael l'air lugubre, s'assit près d'elle.
-- Je voulais te parler...Albatre...mais vu ce qui vient de se passer, ce n'est sûrement pas le moment idéal.
Elle leva des yeux humides vers lui.
-- Quoi ? Je suis désolée...c'est comme si je ne comprenais plus rien à ce que tu me dis.
Il passa ses bras autour d'elle et l'entoura.
Elle se laissa aller fermant les yeux. Elle n'avait plus la force de réfléchir.
-- Chut...ne parle pas. Pour l'instant, je suis là avec toi.
Elle trouva le ton de cette phrase exagérément désespérée mais ne protesta pas et se contenta d'enfouir son visage dans le cou de Raphael.

