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Je me lançe dans un nouveau projet, donc j'ai crée un nouveau blog en marge de mon ancien blog...
Ce projet est un roman, je ne sais pas où ça va me mener...mais bon...
J'espère que l'histoire vous plaira !

# Posté le mercredi 09 mai 2007 12:34

Coeur d'Albâtre- Chapitre I

Coeur d'Albâtre- Chapitre I
1

Comme presque chaque jour depuis quelques temps, Albatre entendit chuchoter de l'autre côté de la cloison.
Elle alla ouvrir un store, faisant pénétrer dans sa chambre quelques fragiles rayons de soleil du petit matin.
Albatre savait que sa s½ur avait un amant. Il partait tôt le matin, sans autre bruit que le murmure d'une conversation. Il était un inconnu, un mystère qu'elle ne cherchait pas à percer. Albatre trouvait grisante la sensation qu'elle avait en imaginant les traits de cet homme. Elle avait tracé un portrait idéal de l'ombre qui sortait de la chambre de Clarisse.
Dans les pensées d'Albatre, il devait être parfait. Il se devait de l'être pour sa s½ur.
Clarisse qui l'avait élevée, qui avait troquée sa jeunesse contre des responsabilités d'adulte...
Avec l'espoir que bientôt Clarisse lui parlerait de son petit ami, Albatre replonge lentement dans le sommeil.

-- Tu as bien dormi ?demanda innocemment Albatre à la table du petit déjeuner.
Clarisse ramena nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille.
-- Très bien. La perspective de l'été me rend le sommeil.
Albatre la guettait narquoisement de ses yeux sombres, son bol entre les mains.
-- Tu as de la chance. Moi ce début de chaleur me réveille aux aurores.
Clarisse sentit le sous-entendu contenu dans cette phrase mais elle garda le silence.
-- Bon il faut que j'aille au lycée...A ce soir ma chère !
Restée seule dans la cuisine, Clarisse sortit son portable et se mit à le fixer de manière anxieuse.
-- Il faut que je trouve le courage de lui en parler...soupira-t-elle.

Un mois s'était passé. Les jours inégaux défilaient. Parfois ils étaient fluides et tout allait bien mais certains jours passaient mal, chaque heure s'étirant à l'infini...Clarisse se sermonnait, se répétait mentalement chaque mot qu'elle aurait à dire à Albatre. Mais une fois face au regard de sa s½ur, elle flanchait.
Albatre avait terminé son année de première. Ses notes étaient correctes, elle passait en terminale.

L'amant imaginaire de Clarisse, flottait dans la tête d'Albatre. Elle voulait maintenant le voir, sentir qu'il était réel. Elle voulait avoir une confirmation, s'assurer que les murmures de l'autre côté de la cloison n'étaient pas le fruit de son imagination.
Albatre prenait son mal en patience. Elle tendait des perches à Clarisse. Sans résultat.
Une nuit très tard, ou un matin très tôt, Albatre entrouvrît sa porte. Juste pour jeter un ½il. Elle guettait. Pour comparer l'imaginaire au réel.
Il avançait lentement. Seule une petite lampe éclairait le couloir. Il marchait sur la pointe des pieds, souple comme un chat.
Toutes ses hypothèses, les milliers de visages qu'elle lui avait attribué, étaient invérifiables...
Il restait brumeux et insaisissable, tel de la vapeur.

Albatre allait avoir dix sept ans. Fin juin. Clarisse pour fêter cet anniversaire, décida qu'elles iraient sur une plage.
-- Tu me laisseras conduire jusque là-bas ?demanda Albatre.
-- Mais tu es folle ! Tu n'as pas encore ton permis !
Mais elle finit par céder. Sur le trajet, Clarisse n'arrêtait pas de se tortiller sur son siège. Ses mains vernies de rose étaient serrées sur ses genoux. Quand son portable sonna, elle sursauta et mis du temps à le sortir de son sac.
Quand elle eut raccroché, Albatre l'interpella.
-- Qu'est-ce qui se passe Clarisse ? Pourquoi es-tu si nerveuse ?
-- J'ai...invité quelqu'un d'autre à ton anniversaire. Je te le présenterai sur la plage...
Elle tremblait en disant ça.
-- Pourquoi as-tu si peur de me présenter ce type ? Demanda Albatre, les mains crispées sur le volant.
-- Je n'ai pas peur. Je m'inquiète de ta réaction...C'est tout.
-- Je ne suis plus une petite fille. C'est normal que tu aies un copain. Si tu crois que je n'entends pas ses pas furtifs dans le couloir le matin...
Clarisse lui sourit.
-- C'était si puérile de ma part.
Elles se regardèrent et chacune sut qu'elle comprenait l'autre.

Il ne faisait pas très chaud ce jour là. Quand elles arrivèrent sur la côte, le ciel se voilait.
-- Super ! Il va pleuvoir pour mon anniversaire !
-- Ce ne sont que des petits nuages, ça va passer.
Assise sur le sable, Clarisse fixait le bout de la plage, tandis qu'Albatre entrait dans l'eau grise qui reflétait les nuages. Elle était l'une des seules à se baigner sous le ciel couvert. Albatre eut l'impression de se fondre dans une masse grisâtre quand elle plongea totalement dans l'eau.
Clarisse scrutait la plage du regard, une main enfouie dans le sable.
Puis Albatre se mit à nager et la perdit de vue.

-- Tu es en retard...souffla Clarisse. L'homme sourit pour se disculper.
-- Désolé Clarisse. Détends toi, ça se passera bien...Où est ta s½ur ?
Clarisse chercha mais aucune des silhouettes dans l'eau n'était Albatre.
-- Albatre ! Albatre !
La mer, lisse, sans aucune vague, lui renvoya son silence.
-- Bon sang ! Elle était dans l'eau ! Albatre !

Elle était derrière eux, debout à côté de sa serviette de plage, ruisselante d'eau, les cheveux plaqués en arrière. Attendant en silence.
-- Tu m'as fait une de ces peurs, Alb...
Prenant conscience que le regard assombri de la jeune fille était fixé sur lui elle les présenta.
-- Albatre, voici Raphaël mon petit ami, Raphaël, Albatre ma petite s½ur...
Albatre le toisait de haut en bas. Elle sentit immédiatement une vive antipathie pour lui. Il n'était pas à la hauteur de ses chimères.
Les cheveux noirs et le visage énergique, il n'avait pas l'air doux de ses alter ego imaginaires. Elle le trouva trop grand, trop brun. Ses yeux marrons étaient banals. Raphaël tendit la main à Albatre.
-- Salut dit-il en souriant.
Il avait l'impression qu'elle allait le mordre.
-- Salut répondit-elle en écho.
Il serra sa main glacée.

# Posté le mercredi 09 mai 2007 12:39

Coeur d'Albâtre- Chapitre II

Coeur d'Albâtre- Chapitre II
2

- Qu'est-ce que tu lui trouves à ce Raphaël ? demanda furieusement Albatre sur la route du retour.
Il pleuvait averse et Clarisse avait tenu à reprendre le volant.
Écoutant le bruit de la pluie qui martelait le toit de la voiture, Albatre essayait d'évacuer sa fureur.
-- Calme toi Albatre ! Je l'aime, tu peux le comprendre ?
-- Je le conçois mais je pensais...qu'il aurait quelques qualités...non...Je pensais qu'il serait parfait !
-- Pourquoi voulais-tu qu'il soit parfait ? Il est comme il est et c'est parfait pour moi !

Albatre gardait une impression étrange de sa rencontre avec Raphaël
Elle se revoyait debout sur cette plage sans soleil, serrant sa main. Le moment avait été comme hors du temps. C'était un souvenir désagréable, figé sur une photo prise en nuance de gris.
-- Il n'est pas aimable ! lança Albatre.
-- Il est charmant, qu'est-ce que tu racontes ? Et puis je n'ai pas à débattre de ça avec toi ! Tu ne décideras pas qui je dois aimer ou pas !
Albatre lança un regard paniqué vers sa s½ur.
-- Freine, Clarisse ! Freine !
Sous la pluie battante, une voiture était immobilisée juste devant elles.
Clarisse écrasa la pédale de frein.
Mais il était trop tard. Leur voiture dérapa sur le sol mouillé et alla s'encastrer dans l'autre véhicule.

Le hall de l'hôpital était silencieux. Plusieurs personnes attendaient des nouvelles de leurs proches. Raphaël consulta sa montre, il était mal à l'aise. Albatre l'avait avertie pour qu'il se rende à l'hôpital. Il se demandait encore comment cette fille avait pensé à l'appeler. Quand ils s'étaient rencontrés, il avait senti de la haine émaner d'elle. Elle paraissait fragile aussi.
Assise à côté de lui, une vieille femme sanglotait doucement. Une main se posa sur l'épaule de Raphaël.
Albatre.
Couverte de bleus, elle portait plusieurs pansements sur le visage et un bandage autour du poignet droit.
-- Comment va Clarisse ? Demanda-t-il.
-- Elle est en réanimation. Elle va mieux. Dit-elle, gênée.
Ils se regardaient, comme des étrangers que le hasard rapprochent de façon brusque.
-- Pourquoi m'as-tu appelé ?
Raphaël avait l'air vulnérable, ce qui étonna Albatre.
-- J'ai pensé...que Clarisse voudrait te voir à son réveil.
-- Je sais que notre présentation ne s'est pas bien passée, mais c'est ton anniversaire et tu ne voulais peut-être pas me rencontrer ce jour là...Merci de m'avoir prévenu.
Albatre fut vexée par sa franchise.
-- Peut importe...balaya-t-elle d'un revers de main. Je crois que tu pourras bientôt voir Clarisse. Je te laisserai y aller en premier.
-- Pourquoi ?
Albatre se laissa tomber sur la chaise à côté de lui, serrant son poignet contre elle.
-- Je crois...que c'est de ma faute, cet accident.
Une infirmière arriva au moment où Raphaël allait répondre.
-- Mlle Clarisse X est réveillée vous pouvez aller la voir.
-- Vas-y...dit sèchement Albatre à Raphaël.
Il la remercia du regard et partit.
Albatre resta assise à regarder son bandage. Elle était inquiète.

Raphaël soupira puis poussa la porte de la chambre. Ce qu'il vit, le remplit de compassion.
Clarisse, le visage enflé, les yeux clos somnolait. Quand elle sentit sa présence, elle ouvrit les yeux et sourit.
- Raph...murmura-t-elle.
Il n'osait pas approcher, le bruit du respirateur artificiel l'horrifiait. Il prit une chaise et s'assit à côté de son lit.
-- Qu'est-ce que tu as ? Ce n'est pas trop grave au moins ?
Clarisse essaya de le rassurer, mais il voyait bien les marques sur son visage.
-- J'ai...une légère commotion cérébrale, et pour mon visage, ne t'en fais pas. Pendant l'accident, le pare-brise a explosé...mais ça aurait pu être pire...
Raphaël lui prit la main et la serra contre sa joue.
-- Qu'en est-ce que tu pourras sortir ?
-- Demain. Tu...as vu Albatre ?
Raphaël s'empressa de la rassurer.
-- C'est elle qui m'a appelé. Elle m'a même laisser venir te voir en premier...Mais...
-- Mais ?demanda-t-elle d'une voix éraillée.
-- Elle s'en veut. Ta s½ur pense que c'est elle qui a provoqué cet accident.
-- Albatre n'a pas vraiment tort. Nous nous disputions et je n'ai pas eu le temps de freiner.

Il se mordit la lèvre pour s'empêcher de répondre. Clarisse était très fatiguée. Elle verrait sûrement les choses d'une autre façon, plus tard.
-- Tu m'as dit que tu l'avais laissé conduire à l'aller...et si ça avait été elle qui conduisait aussi au retour ? Est-ce que tu lui en voudrais ?
-- Raphaël, elle m'a distrait et je n'ai pas regardé la route, à cause d'elle. Je ne l'aurai jamais laissé conduire sous la pluie d'ailleurs.
Il avait un regard indéchiffrable.
-- Ne sois pas trop dure avec elle quand elle viendra te voir. Je suis content que vous alliez bien, toutes les deux. Je t'aime.
Il embrassa la paume de sa main et se leva.
Dans le couloir, il croisa Albatre.
-- Est-ce qu'elle va bien ? Lui demanda-t-elle.
-- Elle est fatiguée...mais ça va. Au revoir Albatre.
Elle le regarda brièvement s'éloigner puis poussa la porte blanche.

Quand Clarisse rentra chez elle, elle n'en voulait plus à sa s½ur. Elle avait admis qu'elle n'aurait pas du quitter la route des yeux.
Albatre essayait de ne plus penser à cet anniversaire manqué. Elle gardait secrètement ranc½ur à Raphaël de ce qui s'était passé. Il y avait chez lui, dans sa personnalité, quelque chose qu'elle ne comprenait pas et cela l'agaçait.
Raphaël ne plus aux premières lueurs du jour. Il prenait souvent son petit déjeuner avec Clarisse et Albatre et parfois, Clarisse partait passer la nuit chez lui. Puis il accompagnait sa petite amie au travail.

En ce début de vacances, Albatre se trouvait désoeuvrée. Sa s½ur travaillait et la laissait seule, ou passait ses congés avec Raphaël.
Elle appelait ses copines, passait des heures au téléphone. Elle sortait dans les magasins, au cinéma, mais la ville se vidait et la chaleur devenait insoutenable.
-- Si on allait pique-niquer ? Lui demanda Clarisse un dimanche matin.
-- Hum...me griller au soleil sur une pelouse jaune et près d'un minuscule plan d'eau desséché ? Pourquoi pas.
-- Je ne crois pas que ce soit ça qui te gêne... Tu ne veux pas voir Raphaël, c'est ça ?
-- Je ne suis pas obligée de vous accompagner partout !
-- Écoute Albatre, j'ai trente ans, je ne te demande pas ton avis pour mes relations. Veux-tu que je reste célibataire toute ma vie, uniquement pour te faire plaisir ?
Albatre soupira. Son poignet la tiraillait toujours depuis l'accident, et cette sensation lui rappelait pourquoi elle ne devait pas apprécier Raphaël.
-- Je n'aime pas ce type. Il sonne faux.
-- Bon...fais ce que tu veux. J'irai pique-niquer avec lui.

Albatre ne les accompagna pas. Pourtant Raphaël avait insisté pour qu'elle vienne.
-- Je tiens à connaître ma futur belle-s½ur ! Avait-il dit en riant.
Clarisse sourit de plaisir en entendant cela.
-- Désolée...Je n'aime pas le soleil avait menti Albatre.

Albatre ne regrettait pas d'être restée chez elle. Elle mit la climatisation et commença à surfer sur internet.
Cyprien lui avait envoyé un message, ce qui l'étonna beaucoup. Elle ne se souvenait même pas lui avoir donnée son adresse. Cyprien était un terminale de son lycée, le genre de garçon qui ne lui parlait jamais plus de deux minutes.
Il lui plaisait, même si elle ne pensait pas souvent à lui. Albatre faillit tomber de sa chaise quand elle lut qu'il l'invitait à une sortie en boîte de nuit.
Enfin, il se passait quelque chose dans la ville désertée.

-- Je sors ce soir...
-- Où ? Demanda distraitement Clarisse en passant la porte.
Elle avait le bras passé autour de Raphaël et n'écoutait pas vraiment.
-- Je vais en boîte...Il y aura plusieurs copains.
Clarisse fronça les sourcils. Elle hésitait à approuver cette sortie.
-- Ok. Mais je viendrais te chercher à minuit !
-- Clarisse...geignit Albatre.
-- Une heure du matin au plus tard...

Albatre avait toujours l'impression que Raphaël arborait un air narquois, pendant qu'elle discutait avec sa s½ur. Elle sortit de la pièce en lui jetant un regard peu amène.
-- Ta s½ur m'aime beaucoup. Affirma-t-il avec ironie.
Clarisse soupira.
-- Vous devriez parler tous les deux...
Raphaël secoua vigoureusement la tête.
-- Non...
-- S'il te plait. Fais le pour moi !
Il serra sa main et lui fit un sourire plein de fossettes.
-- Très bien.
Clarisse lui donna un baiser et il partit à la recherche d'Albatre.

Elle se trouvait dans le couloir, assise sur la première marche de l'escalier, une cigarette à la main.
-- J'ignorais que tu fumais...dit Raphaël.
Albatre se tourna brusquement vers lui. Ses yeux noirs reflétaient son hostilité.
Raphaël faillit reculer sous ce regard sombre, mais au lieu de ça, il s'assit à côté d'elle. En réalité Albatre était gênée, mais en même temps, elle aimait bien sa présence. Son regard dur était le résultat de ses contradictions.
-- Je ne fume pas affirma-t-elle.
Il prit la cigarette des mains d'Albatre, elle était éteinte.
-- Qu'est-ce que tu fais avec ça alors ?
-- Je m'entraîne à faire semblant avoua-t-elle à contrecoeur. Il faut toujours fumer en boîte, ou faire semblant.
Il la regarda avec étonnement.
-- Je ne vois pas ça comme ça.
-- C'est comme ça pourtant. Pourquoi es-tu venu me parler ?
-- Je trouve ça sympa de pouvoir avoir une conversation avec ma belle-s½ur.
-- Si tu le dis.
Elle essaya de lui reprendre la cigarette des mains, en vain.
-- Tu ne peux pas me blairer Albatre ?
Elle encaissa la question comme un coup.
-- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
-- Tu ne me connais même pas. Depuis le début tu m'as jugé. Pourquoi Albatre ?
Elle se leva.
-- Ta tête ne me revient pas ! Que veux tu que je te dise ? Je ne passe pas mon temps à analyser mes impressions !
-- Peut-être que tu devrais le faire alors !
-- C'est sûrement ma s½ur qui t'as demandé de me parler...Alors ne fais pas semblant de t'intéresser à cette conversation !
Elle tourna le dos et rentra dans l'appartement.
Raphaël resta un instant dans le couloir, stupéfait qu'elle l'ai fait sortir de ses gonds.

La boite de nuit s'appelait le Garden'Ia, et se trouvait en périphérie de la ville, égarée au milieux d'entrepôts marchands. Albatre ne s'était jamais rendue à cet endroit, mais elle espérait bien s'amuser. Vêtue d'une robe noire et de longues bottes, elle priait pour ne pas avoir fait de faute de goût.
- Ton rouge est très voyant...lui fit remarquer Clarisse quand elles montèrent dans la voiture.
-- Je sais. Je suis toute en noir, ça mets une touche de couleur.
Sa s½ur lui lança un regard réprobateur.
La file d'attente était longue devant le Garden'Ia. Le néon rose fluo clignotait avec insolence, étalant le nom de la boite en éclairs lumineux.
-- Bonne soirée, fais attention à toi ! Déclara Clarisse en déposant sa s½ur.
Albatre se sentait un peu perdue. Elle cherchait des visages familiers.
-- Albaatre ! La héla quelqu'un.
Une fille en mini jupe rouge arrivait vers elle aussi vite que le permettait des hauts talons.
-- Les lie, comment ça va ?
Albatre la salua avec fraîcheur. Leslie était une connaissance mais surtout l'une des ex petites amies de Cyprien.
Mais Leslie amena Albatre à son groupe avec beaucoup de gentillesse.

Ils firent le pied de grue jusqu'à pouvoir entrer dans le Garden'Ia. Albatre fut impressionnée par la décoration à l'intérieur.
Le Garden'Ia était un entrepôt géant reconvertit en boite de nuit. Les murs multicolores, comme si on avait jetés des pots de peinture de tous côtés, étaient recouverts de tableaux kitsch. Une porte, située derrière l'estrade du DJ, donnait sur une cour extérieure. Et des lianes artificielles pendaient du plafond.
Albatre alla au bar pour se chercher une bière. Qu'elle ne boirait pas bien entendu.
-- Ça te plait ? Souffla une voix derrière elle.
Cyprien.
Il était charmant. Ses cheveux châtain clair luisaient sous la lumière des projecteurs.
-- C'est super ! S'exclama Albatre.
-- Tu n'étais jamais venue ?
-- Euh...non. Je vais au centre ville d'habitude mentit-elle.
Il souriait, les yeux brillants.
-- Tu veux qu'on aille faire un tout dans la cour ? Demanda Cyprien brusquement.
Albatre sentit ses battements cardiaques s'accélérer.
-- D'accord.
Ils s'éclipsèrent par la porte du fond et Cyprien passa son bras autour de la taille d'Albatre. Elle eut un sursaut de surprise, mais ne se dégagea pas.
La cour du Garden'Ia était recouverte de pavés, éclairée par un lampadaire de style rétro.
-- Tu veux une clope ?
Cyprien lui mit une cigarette sous le nez.
-- Merci mais je ne fume pas...
Aussitôt après avoir dit ça, Albatre se mordit la langue. Elle pouvait faire semblant, pourquoi avait-elle refusé ?
Cyprien lui jeta un regard étonné, comme s'il la voyait différemment.
-- Alors, encore une année en enfer ? Demanda-t-il avec un sourire narquois.
-- Ouais. Tu as eu ton bac au fait ?
-- Ouais, sans mention mais eu moins maintenant mes parents me foutent la paix.
Il resserra son emprise sur Albatre. Elle posa sa bière par terre et tenta de s'écarter un peu, peine perdue.
-- Tu me plais bien tu sais...même si tu fumes pas je veux dire.
Albatre fut prise de l'envie de partir en courant. Elle était déçue. Cyprien était loin de correspondre à l'image qu'elle se faisait de lui. Maintenant qu'il lui parlait, son air énigmatique et charmeur s'estompait.
-- Cyprien...Lache moi !
Il fronça les sourcils. Albatre tentait de se dégager.
Cyprien enfouit son visage dans le cou d'Albatre. Il commençait à l'embrasser sans écouter ses protestations. Albatre lui donna un coup de coude dans les côtes.
-- Je t'ai dit de me lâcher !

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et s'en alla, ses bottes à talons claquant sur les pavés. Albatre passa le reste de la soirée à danser. Étrangement, elle ne recroisa pas Cyprien.

Aux alentours de minuit et demi, Clarisse appela. Elle arrivait.
Albatre sortit alors du Garden'Ia, heureuse de quitter cette atmosphère confinée. Il faisait doux et l'abord de la boîte était désert.
Les minutes passaient lentement, la musique étouffée parvenait aux oreilles d'Albatre. Elle s'appuya contre un mur et attendit.
-- Albatre...soupira quelqu'un.
Cyprien sortit de l'ombre.
-- Qu'est-ce que tu veux encore ?demanda-t-elle sèchement.
-- Je ne te plait pas ? C'est ça ? Pourtant, il y en a d'autres qui ne demandent que ça !
-- Va t'en Cyprien !
Il la prit par le poignet, l'obligeant à le regarder en face.
-- Pour qui tu te prends Albatre, tu joues à la grande duchesse ?
Son haleine empestait l'alcool et le tabac froid. Albatre le voyait se rapprocher.
-- Cyprien, tu me fais mal !
-- Dis moi que ce n'est pas pour moi que tu t'es maquillée comme ça...dis le moi !
Il la serra contre lui, ses lèvres à son oreille, une main passant dans son dos, cherchant l'ouverture de sa robe. Albatre poussa un cri étouffé. Cyprien lui serrait la gorge. Il voulait l'étrangler. Personne ne l'entendrait. Un frisson parcourut Albatre. Il pouvait même la tuer, s'il voulait...

Cyprien fut jeté à terre. Albatre ne comprenait pas ce qui se passait.
-- Laisse la demoiselle tranquille ! Cria un homme.
-- Raphaël...souffla Albatre.
Le petit ami de Clarisse posa une main sur son épaule. Elle avait la tête qui tournait, et se laissa emmener jusqu'à la voiture de sa s½ur.
-- Ça va ? Demanda Raphaël.
Il était gentil.
-- Je...merci.
Elle eut honte en s'asseyant sur le siège arrière. Le rétroviseur lui renvoya l'image d'une jeune femme échevelée, dont le maquillage avait coulé. Son rouge à lèvres avait débordé, laissant des marques sur son menton.
-- Qu'est-ce qui s'est passé ? S'inquiéta Clarisse.
Raphaël posa sa veste sur les épaules d'Albatre. Celle-ci lui jeta un regard éloquent.
-- Un petit con. Je me suis occupé de lui...assura-t-il.
Clarisse serra sa petite s½ur dans ses bras, puis démarra.
-- Amis ? Proposa Raphaël.
Albatre tenta de lui sourire.
-- On peut essayer...

# Posté le mercredi 09 mai 2007 12:40

Coeur d'Albatre- Chapitre III

Coeur d'Albatre- Chapitre III
3

Indéniablement, Albatre faisait des efforts. Elle ne se plaignait plus de la présence de Raphaël et discutait avec lui de temps à autre.
Parfois, un reste d'hostilité, n'ayant aucune raison apparente, remontait à la surface.
Cela se produisait quand Albatre fixait Raphaël au petit déjeuner, quand elle l'écoutait parler avec attention. Elle masquait alors ce sentiment furtif, et personne ne remarquait rien.
Clarisse se réjouissait de cette nouvelle entente cordiale, n'ayant plus à choisir entre sa s½ur et Raphaël.
Albatre la surpris entrain de chantonner au salon.
-- Te voilà de bien bonne humeur !
Clarisse resplendissait dans sa robe d'été à fleurs.
-- Raphaël m'a invité à dîner ce soir...
Elle gardait les yeux baissés, un peu gênée.
-- Tu ne te sentiras pas trop abandonnée ?demanda-t-elle.
Albatre éclata de rire.
-- Vis ta vie Clarisse...Je vais manger une pizza caoutchouteuse devant un DVD, ce n'est sans doute pas très glorieux, mais je survivrai.
Sa s½ur la prit dans ses bras.
-- Tu es la meilleure !

Raphaël avait allumé des bougies et rangé son appartement, comme il le pouvait. Il avait l'impression d'avoir atteint un certain équilibre.
Il ne comprenait toujours pas Albatre mais ils avaient des discutions intéressantes. Tout était parfait avec Clarisse, alors, que pouvait-il espérer de plus ?
On sonna et il s'empressa d'aller ouvrir, un sourire courant sur ses lèvres.
- Quelle classe ! S'exclama Clarisse en le voyant.
Raphaël la prit par la main et la conduisit jusqu'à la table, décorée de chandelles roses.
-- Je voulais que tu vois à quel point tout est magique entre nous.
Ils commencèrent à s'embrasser. Leur horizon s'éclaircissait, ils n'avaient plus qu'à profiter du moment présent.

Albatre, élégamment affalée sur le canapé, regardait un film d'action. Elle fixait l'écran mais son esprit était ailleurs.
Elle ne savait pas où exactement, mais cela la rendait mal à l'aise et nostalgique.
Albatre n'aimait pas analyser ses émotions, elle se contentait de les vivre, en en étant surprise parfois.
Elle perdit pied au moment où un gigantesque accident sur une autoroute Américaine blessait le personnage principal. Dès ce moment, ses paupières se fermèrent d'elles-mêmes et elle s'endormit.
Elle ne s'en rendit pas compte car le film continuait dans sa tête sous la forme d'un rêve.
Le héros du film n'était plus blond et il avait pris le visage de Raphaël.
Il sauta d'un camion en marche roulant sur le Golden Gate. Une fois dans l'eau il nagea jusqu'à une petite île- ce qui lui aurait été techniquement impossible dans le film- et se retrouva dans une chaumière où une jeune femme se jetait à son cou.
Albatre eut du mal à distinguer cette femme...Quand Raphaël avait passé la porte, c'était Clarisse, mais maintenant qu'elle l'enlaçait, elle avait pris les traits d'Albatre.
Elle se réveilla en sursaut et regarda autour d'elle, pour vérifier qu'elle était seule.
-- Quel rêve stupide ! S'exclama-t-elle quand elle fut rassurée.

Parce qu'elle avait fait, ce qu'elle considérait comme une sorte de cauchemar, Albatre fut assez distante avec Raphael dans les jours qui suivirent.
Elle s'esquivait aussi vite qu'elle pouvait et ne lui répondait que par un mot quand il lui posait une question.
Elle crut d'abord qu'il ne le remarquait pas, puisqu'il n'abordait pas le sujet. Il discutait surtout avec Clarisse et ne relevait pas souvent sa présence.
Un mercredi après-midi pourtant, il vint à l'appartement.
-- Clarisse n'est pas là...dit Albatre en entrouvrant la porte.
-- C'est toi que je voulais voir...
Il vit ses yeux s'agrandirent de surprise.
-- Entre alors.
Ils s'assirent l'un en face de l'autre, à la petite table de la cuisine.
-- Je vais te parler sans détour...commençât-il. Je croyais...que ça s'était arrangé, que tu m'appréciais un petit peu ou que tu faisais semblant depuis quelques temps. Mais tu es redevenue...hostile.
Albatre voulut protester.
-- Tu essayes de le cacher, mais c'est à peine si tu me parles, pourquoi donc ?
-- Je...
Elle prit conscience du ridicule qu'il y avait à prendre ses distances avec une personne uniquement à cause d'un rêve.
-- C'est vraiment stupide...Raphaël, un malentendu. Je m'excuse si j'ai été distante.
Elle lui sourit franchement et il ne protesta pas.
Albatre avait une fraîcheur et une sympathie qui n'était plus feinte.
Elle se dirigea vers le congélateur.
-- Dis, tu veux une glace ?
Raphaël la fixa.
-- Pardon ?
-- C'est l'été, il fait chaud, donc, tu veux une glace ?
-- C'est pas de refus !
Albatre sortit deux cônes au chocolat. Raphaël lui devenait plus sympathique et cette idée l'amusait.
-- Très bonne idée la glace dit-il de but en blanc.
Albatre éclata d'un rire moqueur.
-- Tu as du chocolat partout...remarqua-t-elle.
Raphaël en avait sur le bout du nez et sur le menton.
-- Merde...C'est toujours comme ça quand je mange une glace. Ce n'est pas très sérieux à mon âge !
Albatre fut pour la première fois curieuse de savoir quel âge il pouvait avoir.
Elle lui aurait donné entre vingt-cinq et trente ans mais ce n'était pas facile à deviner.
-- Quel âge as-tu ?osa-t-elle.
-- Clarisse ne te l'a pas dit ? Aurait-elle honte de sortir avec un homme plus jeune qu'elle ? Je vais sur mes vingt-huit ans...
-- Quel vieillard ! Plaisanta-t-elle.

Quand Raphael partit, Albatre fut surprise de se rendre compte qu'ils pouvaient bien s'entendre et plaisanter comme des amis.
Elle relégua son rêve, aux oubliettes de sa mémoire et fit définitivement une croix sur ce qu'elle reprochait à Raphaël.
Clarisse rentra en soufflant. Elle pestait contre l'obligation de travailler par une telle chaleur.
Elle s'arrêta à la cuisine et haussa les sourcils.
-- Eh bien tu t'es régalée...
-- Je n'ai pas mangé les deux glaces ! L'autre était pour Raphaël.
Clarisse cligna des yeux, elle n'était pas sûre d'avoir bien compris.
-- Répète moi ça...
-- Il est passé me voir, on a discuté, et mangé une glace, c'est interdit ?
-- Non bien sûr...Mais ce n'est pas comme si vous étiez les meilleurs amis du monde.
Albatre se contenta de lui faire une grimace.
Le mois d'août débutait. Clarisse avait désormais quatre semaines de vacances.
Elle et Raphaël organisèrent donc une journée à la mer.
-- C'est moi qui conduirais ! Trancha Raphaël. Et tout devrait bien se passer cette fois...
Il était le chef de troupe et dégageait une assurance indiscutable.

Effectivement, ils arrivèrent à la plage, sous un soleil écrasant. Albatre ne reconnut pas le rivage qui avait été le théâtre de son anniversaire raté.
Raphaël trouva la jeune fille transformée, à l'image de la plage. Ils discutaient de tout et de rien, riaient, sous l'½il bienveillant de Clarisse.
-- On fait la course jusqu'à l'eau ? Proposa Albatre.
Sa s½ur préféra rester bronzer, mais Raphael releva le défi.
Ce fut lui qui gagna la course, malgré l'avance qu'il avait laissée à Albatre et pour se venger, celle-ci le fit tomber dans les vagues.
-- Mauvaise perdante ! S'exclama-t-il en recrachant l'eau qu'il avait avalée.
-- Tu aurais du me laisser gagner...riposta-t-elle.
Elle se mit à fendre l'eau en crawl, mais sentit quelque chose l'attraper par la jambe et cria.
-- Ce n'est que moi ! Dit Raphael en s'esclaffant.
-- Tu m'as fait peur !
Elle avait l'air vraiment effrayée. Il s'inquiéta.
-- Désolé Albatre...
Elle lui enfonça la tête sous l'eau.
-- Je t'ai eu !
Il la prit par le poignet.
-- Tu vas le payer ma petite...
Ils se battirent en riant comme des enfants, s'éclaboussant au passage.
-- Vous avez bien fait les fous...dit Clarisse avec une nuance de reproches quand ils revinrent au parasol.
-- Ta s½ur est une vraie furie ! Plaisanta Raphael.
-- Surtout une vraie gamine...corrigea Clarisse.
Albatre fronça les sourcils mais ne dit rien.
Sa s½ur semblait vexée d'avoir été mise à l'écart, mais Albatre ne comprenait pas pourquoi. Dès qu'il était sorti de l'eau, Raphael s'était de nouveau complètement consacré à elle. Il s'était allongé près de Clarisse, la tête sur ses genoux.
Albatre laissa son regard errer sur Raphael. Pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, il lui apparut vraiment beau, une aura d'attraction flottant autour de lui.
Albatre baissa brusquement les yeux, comme prise en faute. Qu'éprouvait-elle désormais ?
Elle s'allongea au soleil, ferma les yeux et enfouit ses dernières pensées loin dans le sable.
Les yeux mi-clos, Raphael regardait Albatre. Son regard s'était posée sur elle, comme il se serait posé sur les vagues ou le sable. Elle était complexe, passant d'une joie intense à un mutisme rêveur. Il la compara à sa s½ur qui quelque soit ses humeurs, restait fidèle à elle-même.
Clarisse, caressant les cheveux de Raphael, contemplait son bonheur. Ses doigts se mirent à tracer le contours de sa mâchoire à caresser la peau brune du visage.
Raphael leva les yeux vers elle et lui fit un sourire tendre.
A ce moment, ils étaient tous les trois heureux, sous le soleil.

Albatre se sentait bien. Les vacances passaient, lentement, paisiblement. Elle s'entendait de mieux en mieux avec Raphael, sans savoir pourquoi. Son hostilité s'était muée en complicité. Clarisse partageait son temps entre l'un et l'autre où les deux en même temps.
Albatre ne voulait pas se poser de question sur sa relation avec Raphael, pourtant, cela commençait à la troubler. Lorsqu'elle le regardait dans les yeux, lorsqu'elle admirait sa personnalité qu'elle avait longuement dénigrée, elle avait l'impression de trahir sa s½ur.
-- A quoi penses-tu ? Lui demanda gentiment Clarisse.
Toutes les deux dans la salle à manger, elles regardaient distraitement la télé.
-- A rien de spécial...mentit Albatre.
-- Dis moi Albatre...Est-ce que ça te gênerai que je me marie avec Raphael ?
Albatre sursauta.
- Pourquoi est-ce que ça me gênerai ? Il t'as demandé de l'épouser ?
-- Il ne me l'a pas proposé explicitement...mais...
Albatre se força à sourire.
-- C'est cool alors...J'apprécie Raphael et si ça vous rend heureux.
Une fois seule dans sa chambre, Albatre donna libre cours à ses pensées. Malgré ce qu'elle avait dit à sa s½ur, imaginer le mariage de Clarisse et Raphael ne l'enchantait pas. Elle aurait voulu savoir si Raphael avait vraiment des intentions aussi sérieuses. C'était étranger, comme les choses pouvaient changer en peu de temps. Albatre se demandait quel était le rôle de Raphael dans sa vie, quel était son rôle à elle dans la vie de Raphael ?

Des cris retentissaient dans l'appartement. Albatre se figea sur le pas de la porte. Le bruit venait de la chambre de Clarisse, des éclats de voix de plus en plus forts.
-- ...c'est ce que tu penses ? Que j'ai été stupide de songer à ça ? Toute femme rêve de se marier !
Albatre entra dans sa chambre et se plaqua contre la cloison.
-- Je n'ai pas dit que je ne t'épouserai pas...Je trouve qu'il est trop tôt...
Il y eut un chuchotement qu'Albatre ne put interpréter.
-- Un an...un an que l'on se connaît ! Je n'attendrais pas toute ma vie !
Albatre s'en voulait d'écouter. Elle se sentait déloyale. A l'écoute de ces phrases, des sentiments flous, ambigus l'envahissaient.
Elle ne voulait pas qu'ils se disputent, mais au fond d'elle, peut-être se réjouissait-elle ?
-- Nous sommes encore jeunes Clarisse ! Tout se passe si bien en ce moment pour nous, qu'est-ce qu'un mariage apporterait de plus ?
-- Quel égoïste tu fais Raphael ! Si cela te convient, moi plus !
La porte de la chambre claqua violemment. Sans réfléchir, Albatre sortit en silence et se précipita dehors. Sous le coup d'une impulsion incontrôlable, elle suivait Raphael dans la rue.
Albatre s'en voulait, mais elle ne quittait pas Raphael du regard. Elle était éperdue de désespoir de ne pouvoir se contrôler.
Il marchait vite, sans doute au hasard et Albatre s'essoufflait. Son pouls battait très fort, et elle commença à courir pour ne pas le perdre de vue.
Albatre ressentait un sentiment proche de la haine, face à son impuissance à résister à Raphael. Son aversion pour lui s'était teinté d'une fascination sans limites. La nuit commençait à tomber.
Raphael s'arrêta devant un bar.
Albatre décida de saisir cette occasion.
-- Raphael !
Son cri résonna, comme un appel désespéré. Il chercha, qui l'appelait ainsi. Qui l'appelait avec cette résonance passionnée.
Elle approcha en frissonnant.
-- Albatre ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Les yeux noirs de la jeune fille reflétaient de l'agitation.
-- J'ai tout entendu, entre toi et Clarisse...
Raphael fronça les sourcils.
-- Tu m'as suivi ?
-- Je suis désolée. Je ne sais pas pourquoi je l'ai fait, mais je devais le faire !
Il sourit avec indulgence.
-- Tu étais inquiète, c'est ça ?
-- Je ne suis pas une enfant. Votre différend n'est pas des moindres...et je ne sais pas ce que je crains...
-- Je sais que tu es très lucide Albatre, mais ce n'est pas à toi de régler nos problèmes de couple.
-- Je ne pense pas pouvoir régler quoi que ce soit...Je ne sais même pas ce que je fais là.
Pour la première fois, Raphael voyait Albatre comme une adulte. Était-ce la détermination qui brillait dans ses yeux ou le ton de sa voix, il ne le savait pas...
-- Puisque tu es ici...Si on se promenait ?
Albatre hocha la tête avec surprise.
Elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui dise cela, mais cela lui faisait plaisir. Un plaisir dont elle se sentait coupable vis-à-vis de Clarisse.
Ils prirent la direction des quais. L'air était chaud, et de nombreux passants flânaient. La plupart d'entre eux étaient des couples, qui marchaient serrés l'un contre l'autre.
-- Est-ce que tu ne veux pas épouser Clarisse ? S'inquiéta Albatre.
-- Que dois-je répondre à cela ? Tout n'est pas si simple...
-- C'est simple. Il faut répondre oui ou non. Si tu l'aimes, je ne pense pas que ça te gênerai de l'épouser. Si tu l'aimes...
Raphael saisit Albatre par le bras.
-- Pourquoi tout ces si...Je l'aime !
-- Prouve lui, dis lui que tu fera n'importe quoi pour elle...
Albatre était mal à l'aise, sa rage lui intimait de se taire. Mais tant de contradictions flottaient en elle, qu'elle ne pouvait s'empêcher de parler.
-- Je ne devrais pas te donner de leçon...Je m'emporte, mais je veux que Clarisse soit heureuse !
-- Ta franchise et ta vivacité m'enchantent toujours Albatre...Je montrerai à Clarisse combien c'est sérieux entre nous...Mais je ne veux pas retourner la voir ce soir.
-- On se promène alors ? Je te promets que je défendrai ta cause quand tu iras voir Clarisse !
-- Qui aurait cru nous voir ainsi ? Demanda Raphael. Nous baladant paisiblement...Me détestes tu encore un peu Albatre ?
Elle sentit son c½ur prendre une accélération effrénée.
-- Je n'ai pas de raisons de te détester...Du moins je n'en ai plus.
Ils étaient au bord du fleuve, qui reflétait la lune décroissante.
Le portable d'Albatre sonna. C'était Clarisse bien sûr.
-- Ne m'attends pas ce soir dit Albatre, je dors chez une copine.
-- Je ne cautionne pas tes mensonges Albatre ! Lui reprocha Raphael.
Elle passa son bras sous le sien.
-- J'ai envie de marcher éternellement, ne m'en veux pas...
Il soupirait devant tant d'enthousiasme. Albatre était différente, pleine de surprises...Il regretta cette pensée mais la laissa s'appuyer sur lui.
-- Quels étaient tes rêves, quand tu avais mon âge ?
Raphael réfléchit un instant.
-- Je voulais...vieillir. J'étais mal dans ma peau et j'imaginais ma vie future. Une vie parfaite que je me serai forgée...
-- Et maintenant, c'est comme tu l'imaginais ?
-- Plus ou moins...mais si la vie devenait comme on l'a toujours souhaité, ne serait-ce pas monotone ?
Albatre avait mal. Mal de vouloir faire durer cet instant toujours.
-- Moi je ne veux pas rêver ma vie ! J'aime le hasard, les imprévus...
Ils se trouvèrent devant un banc et s'assirent.
- Tu n'as pas beaucoup aimé notre rencontre imprévue pourtant !
Albatre eut un sourire mutin.
- On n'est pas toujours comme on le dit...
- Qui es-tu vraiment alors ?
- Je ne le sais pas moi-même...peut-être suis-je Albatre ?
Raphael souriait, il avait l'impression de vivre un instant irréel, assis sur ce banc avec Albatre, en pleine nuit.
-- Et puis l'image que tu as de moi n'est sûrement qu'un reflet, peut-être illusoire de ce que je suis vraiment...
-- Je ne te savais pas si réfléchie. S'amusa-t-il, l'admirant malgré lui.
-- Je ne suis pas la même la nuit et le jour sans doute...
Ils gardèrent le silence, quelques instants.
-- Raphael ? L'interpella Albatre.
-- Oui ?
-- J'aimerais bien...qu'on se fasse une promesse...
-- Une promesse ?
Albatre le regarda droit dans les yeux.
-- Si dans un an...nos chemins se sont séparés, ou que ça se passe mal avec Clarisse...bref si je ne devais plus te voir, je voudrais qu'on se retrouve à cet endroit. Un an jour pour jour.
Raphael dont les pensées tourbillonnaient, trouva cette requête un peu naïve.
Qui pouvait dire où ils se trouveraient dans un an et s'ils penseraient encore à cette nuit ? Mais il accepta.
-- One se serre la main ?proposa-t-il.
Albatre devait garder longtemps le souvenir de cette poignée de main, qui la marqua comme au fer rouge.
Ils ne surent à quel moment ils s'étaient endormis, mais quand ils ouvrirent à nouveau les yeux, il commençait à faire jour.
-- Quelle heure est-il ? S'exclama Albatre en se levant.
Raphael bailla l'air amusé.
-- Relax...Il est 5H30, si tu dors chez une copine, tu ne peux pas rentrer si tôt...
Albatre lui frappa l'épaule.
-- C'est ça moque toi de moi !
Elle massa son cou qui était douloureux et ralluma son portable.
-- Mal dormi ?
Raphael était toujours assis, l'air tranquille, les bras nonchalamment posés sur le dos du banc.
-- Ton épaule n'est pas du tout confortable...lui reprocha Albatre
-- Eh bien mademoiselle n'est pas du matin !
En fait Albatre était furieuse contre elle-même, furieuse de ne pas vouloir quitter Raphael.
-- Je vais renter annonça-t-elle. J'ai besoin de dormir...
-- D'accord.
Ils se regardèrent en chien de faïence. Albatre se mit à marcher, se forçant à ne pas se retourner.
-- Je n'oublie pas notre promesse ! Cria Raphael quand elle fut à petit distance.
Albatre s'arrêta. Elle se rendit compte, qu'elle était tombée amoureuse de Raphael.

# Posté le vendredi 11 mai 2007 13:44

Coeur d'Albatre- Chapitre IV

Coeur d'Albatre- Chapitre IV
4

Sonnée par sa constatation, Albatre rentra chez elle en longeant les quais.
Elle n'osait pas formuler à voix haute la pensée qui la tourmentait. Non elle ne pouvait pas être amoureuse de Raphael !
C'était impossible...car Albatre trouvait Raphael trop...trop franc, trop vieux, trop dérangeant.
Il était tout le temps si calme, si tranquille, si sûr de lui !
Au cri de Raphael, elle ne s'était pas retournée, effrayée par le pouvoir de sa voix, elle s'était remise à marcher, respirant avec difficulté.
Pourtant c'était si limpide, si elle avait ressenti tant d'aversion pour lui, c'était pour se protéger...
Albatre se demanda comment elle avait pu arriver chez elle avec une telle agitation.
Elle revoyait tous les moments passés avec lui, à rire, à plaisanter et elle se sentait gênée. Cela devait sauter aux yeux, elle s'était tout le temps trahie, avant de le savoir elle-même. Et s'il avait remarqué quelque chose ?
Albatre entra dans sa chambre à pas de loups et s'appuya contre le mur. Elle ferma les yeux et essaya de cesser de penser.
-- Tu as des cernes affreux...lui fit remarquer Clarisse quand elle alla prendre son petit déjeuner.
-- Je sais que tu t'es disputée avec Raphael...Je vous ai entendu en rentrant hier soir. C'est pour ça que j'ai dormi chez Lucile.
Clarisse qui préparait un thé se figea.
-- Il ne faut pas que tu te préoccupes de ça Albatre...Je ne sais pas ce que tu as entendu, mais ce n'était pas si grave.
Albatre prit une inspiration.
-- Il faut que vous vous réconciliez, c'est urgent !
Sa s½ur cligna des yeux.
-- Pourquoi cet empressement ?
-- Vous êtes...parfaits ensemble, c'est tout.
Clarisse sourit, amusée par l'air grave d'Albatre.
-- Alors que faut-il que je fasse selon toi ?
-- On dit que la nuit porte conseil, alors appelle le...

Clarisse suivit les conseils de sa petite s½ur et fut étonné que cela marche si bien. Quand elle appela Raphael, il avait une voix un peu étrange mais il lui fit des excuses et accepta les siennes.
Albatre se cloîtra dans sa chambre, au téléphone avec sa meilleure amie.
La journée était oppressante. L'air était lourd et chaud, des nuages noirs s'amassaient dans le ciel. Un orage d'août n'aillait pas tarder à éclater.

Raphael, en montant l'escalier pour aller chez les deux s½urs était moins assuré que d'habitude. Il savait qu'Albatre avait une responsabilité certaine dans l'appel de Clarisse. Elle lui avait promis de l'aider et l'avait fait. Soudain, il ne comprenait plus ses motivations, les avait-il jamais comprises d'ailleurs ?
En rentrant à pied chez lui au petit matin, sans témoins, il s'était senti libre. Il avait passé une nuit irréelle
Clarisse se jeta dans ses bras. Elle semblait avoir tout oublié, et leur relation reprenait son cours idyllique...
Albatre les avaient laissé se retrouver en tête à tête. Elle essayait de ne pas être rongée par l'envie de voir Raphael. Elle l'avait vu le matin même, cela pouvait lui suffire...
-- Albatre ! Cria Clarisse depuis le salon.
Albatre avançait sur un terrain miné, elle se força à sourire, quand elle entra dans la même pièce qu'eux.
-- Tout est redevenu comme avant, et c'est un peu grâce à toi...dit Clarisse en passant son bras autour des épaules de sa s½ur.
Elle tenait Raphael par la main. Albatre croisa le regard du jeune homme. Il la fixa une seconde et lui sourit, complice.
Albatre tourna la tête, elle étouffait, son c½ur brûlait.
-- Clarisse...je voudrais partir en Angleterre annonça-t-elle.
-- Quoi ?
-- Lucile m'a invité là-bas. Elle a une tante qui vit près de Londres. Est-ce que tu es d'accord ?
Clarisse resta muette un instant.
-- Il faut que j'appelle sa mère alors...Mais puisque tu es obligée de passer tes vacances en ville à cause de mon travail...ça te fera du bien de t'aérer. Combien de temps ça durera ?
-- Une semaine...
Albatre était vraiment heureuse de pouvoir partir. Loin de tout ce qu'elle connaissait et loin de Raphael, elle pourrait vivre sa vie...
-- Tu nous enverras tout de même une carte postale ! Plaisanta Raphael.
-- Bien sûr. Affirma-t-elle sans conviction.
Elle voulait l'effacer de sa vue, de ses pensées. Elle voulait qu'il n'existe plus, mais elle ne pouvait pas le tuer.
Alors Albatre partirait.

Tout sembla s'arranger parfaitement pour qu'Albatre quitte la France. La mère de Lucile expliqua tout les détails du voyage à Clarisse et lui assura que tout se passerai bien. Les deux jeunes filles logeraient chez Marjorie Altman, la s½ur du père de Lucile, dans une banlieue de Londres.

Clarisse et Raphael se voyaient surtout à l'extérieur et avant son départ, Albatre ne devait pas le revoir plus de deux fois.
Elle partit un mercredi matin. A son grand étonnement, Raphael proposa de la conduire à l'aéroport.
Clarisse, trop triste de se séparer de sa petite s½ur, lui dit au revoir à l'appartement et la vit monter dans la voiture en pleurant.
-- C'est gentil de m'emmener mais j'aurai pu prendre un taxi...souffla Albatre quand ils furent partis.
-- C'est trop impersonnel un taxi, tu ne trouves pas ? Demanda-t-il.
Albatre aurait accepté n'importe quel moyen de transport, pourvu qu'il soit impersonnel.
-- J'aime bien prendre un taxi dit Albatre. Ça signifie que l'on part vraiment...
Raphael fixait son reflet dans le rétroviseur.
-- Et puis Albatre, je devais un peu te remercier...pour ce que tu as fait pour moi et Clarisse.
-- Ce n'était rien...Alors...vous allez vous marier ?
-- Je ne crois pas...Mais Clarisse me dit que ça ne compte plus pour elle.
-- Elle ment. Mais c'est parce qu'elle t'aime.
Leurs regards se croisaient dans le reflet s'étudiant avec attention.
-- J'ai peur qu'on ai un embouteillage...soupira-t-il.
-- Tourne à gauche dit Albatre.
Il le fit et déboucha sur une ruelle puis sur un boulevard vide.
-- C'est de la magie...
Albatre sourit.
-- C'est le raccourci préféré de Clarisse...Est-ce que tu es déjà en Angleterre ?
-- Oui. C'est trop brumeux à mon goût. Mais je crois que tu ne t'ennuieras pas à Londres.
Il sembla à Albatre qu'il y avait de l'amertume dans sa voix. Elle rêvait sûrement.
-- Il faudra que tu t'occupes bien de ma s½ur pendant mon absence ! Le menaça-t-elle.
-- Pour qui me prends-tu petite peste ?
Ils éclatèrent tout les deux de rire. Raphael redevint grave.
-- Je te le jure Albatre, je vais rendre ta s½ur heureuse.
Même si ce n'était que des mots, elle ne le savait que trop bien et c'était ça qui la blessait.

Albatre arriva à l'aéroport, habitée de sentiments contradictoires. Elle ne voulait plus partir, puis regardant Raphael, elle se maudissait d'être faible. D'être à la merci d'un simple regard, un regard dans lequel elle ne lisait rien de particulier.
-- Eh bien c'est le moment des adieux déchirants...conclut-t-elle, sa valise à la main au moment d'embarquer.
-- Au revoir Albatre...lâcha-t-il, l'air peiné.
Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, ils se firent la bise. Albatre s'éloigna précipitamment, une sensation de brûlure sur la joue.
Elle se sentait désespérée comme si en Angleterre, elle n'allait trouver que mort et désolation.
Lucile la rejoignit dans le couloir d'embarquement, toute joyeuse. Albatre masqua sa tristesse et elle se retourna, Raphael partait d'un pas nonchalant. Il l'avait sûrement déjà oubliée.

Dans l'avion, assise côté fenêtre Albatre était noyée dans ses pensées. Elle avait mis ses écouteurs, pour ne pas avoir à parler et ne quittait pas le hublot des yeux.
Lucile l'observait avec inquiétude, mais ne voulait pas la déranger. Albatre ne voyait pas le ciel qui défilait sous ses yeux...elle ne voyait que le visage de Raphael, et plus elle voulait le chasser, plus il revenait.
Elle voyait les détails de ses attitudes, tout ce qu'elle croyait ne pas avoir remarqué.
Albatre décida q'une fois arrivée, elle l'oublierait. Loin des yeux, loin du c½ur.

La tante de Lucile, Marjorie Altman avait trente-neuf ans. Elle vivait seule avec son fils depuis son divorce. Elle accueillit Lucile et sa meilleure amie avec sympathie.
Le cousin de Lucile était un enfant de deux ans, aux moues irrésistibles, qui vit d'un très bon ½il l'arrivée de deux nouvelles admiratrices.
Après avoir posé ses bagages, Albatre se sentit plus légère. Elle était en terre inconnue, et ne devait plus se soucier que de s'amuser.
Elle avait une chambre pour elle toute seule, peinte en bleu et assez étroite, mais donnant sur le jardin.
L'enthousiasme de Lucile la gagna bientôt.
-- Demain c'est shopping à London ! S'exclama-t-elle en saisissant le bras de sa meilleure amie.
Le repas du soir, qu'elles furent obligées de prendre avec Mrs Altman, fut assez formel au début, puis après que le petit Danny eut jeté sa purée sur sa mère, l'atmosphère se détendit largement.
-- Albatre, je n'avais jamais entendu ce prénom auparavant remarqua la maîtresse de maison avec son fort accent Britannique.
-- Oh...c'était une idée de mon père, il était minéralogiste, il adorait cette roche...
Lucile n'entendait pas souvent Albatre parler de ses parents, elle essaya de dissuader sa tante de poser plus de questions. Mais Mrs Altman ne comprit pas le regard que lui lançait sa nièce.
-- Vos parents sont...décédés je crois ?
-- Oui.
-- C'est affreux. Vous êtes encore si jeune...
Albatre serra les lèvres.
Heureusement, l'Anglaise changea de sujet et proposa à tout le monde de se resservir de la tarte.
Puis Albatre et Lucile passèrent le rester de la soirée devant la télévision, regardèrent une émission de télé-réalité dont-elles n'avaient pas vraiment compris les règles.

Pour sa première nuit à l'étranger, Albatre dormit d'un sommeil sans rêves. Avant de se coucher, elle avait éloigné de toutes ses forces la pensée de Raphael et ça avait marché.
Dans les jours qui suivirent, Albatre n'eut pas le temps de penser à beaucoup de choses. Elle sortait tout les jours et faisait des allers retours permanents entre Londres et la banlieue.
Marjorie qui devait s'occuper de Danny et qui refusait de le mettre à la crèche, confia Lucile et Albatre à sa meilleure amie, Celia. Elle se méfiait des transports en commun, d'autant plus que les jeunes filles ne connaissaient pas le système anglais.
Celia était par rapport à Marjorie Altman- excentrique. Ses cheveux noirs comportaient des mèches violettes et elle chantait dans un pub, les samedi soir.
Mariée et mère de deux enfants, elle présenta à Albatre et Lucile, son fils Tom, vingt ans et sa fille Kitty, neuf ans.
-- Il faudra qu'on aille te voir chanter ! Proposa Lucile à Celia.
-- Of course ! S'exclama-t-elle en riant. Ce samedi je chanterai au Bluebell Diary...Je dirai à Tom de vous y emmener...
Lucile eut un sourire en coin, qu'Albatre ne manqua pas de remarquer.
Blond et calme, Tom était charismatique et plaisait à Albatre comme à Lucile.
Albatre surtout était ravie de penser à quelqu'un d'autre qu'à Raphael. Elle vivait sans lui, elle n'avait pas besoin de sa présence pour vivre.

Lucile traînait sa meilleure amie dans les magasins, elles couraient au bord de la Tamise, aux puces de Camden Town, elles couraient tout le temps. Albatre proposa qu'elles visitent le quartier de Nothing Hill mais elles n'en eurent pas le temps.
Lucile avait acheté un sac à paillettes qu'elle emmenait partout avec elle et Albatre collectionnait les boucles d'oreilles.
Le samedi soir arriva à une vitesse folle. Elles se préparent avec fébrilité, comparant leurs tenues.
La tante de Lucile apparut sur le pas de la porte de la salle de bain où elles s'examinaient dans la glace. Danny était dans ses bras.
-- Eh Little Danny s'exclama-t-elle. Dit à ces deux demoiselles comme elles sont jolies !
Le petit garçon leur tira la langue, content de lui.
-- Merci Danny ! Firent-elles en ch½ur.
A dix heure trente, Tom klaxonnait devant la porte. Il portait une chemise blanche légèrement ouverte et Lucile et Albatre lui firent leur plus beau sourire.
-- Hello girls, are you ready t'go ?
En acquiesçant elles montèrent dans son cabriolet.
Marjorie le menaça en anglais de lui faire subir les pires atrocités s'il n'était pas prudent avec ses protégées.
Sur la route, Albatre reçut un appel de Clarisse. Elle poussa une exclamation étouffée cela faisait un moment qu'elle ne donnait plus de nouvelles à sa s½ur...
-- Allo Clarisse ?
Sa s½ur lui reprocha de ne pas l'avoir appelée depuis jeudi et elle dut lui faire un résumé détaillé de ses journées.
Albatre faillit lâcher son portable quand elle entendit la voix de Raphael en arrière fond. Il demandait comme elle allait.
-- Je vais très bien coupa Albatre avant que Clarisse ne lui ait répété la question.
Elle était soudainement très crispée, ayant l'impression que tout ce qu'elle avait bâti pendant ces quelques jours s'était effondré.
Tom vit qu'elle avait pâli.
-- Are you okay ? demanda-t-il.
-- Yes, sure !
Plus Albatre devait affirmer qu'elle allait bien, plus c'était le contraire.
-- A qui parles-tu ? Interrogea Clarisse.
-- C'est un ami Anglais, il nous conduit à Londres voir chanter la meilleure amie de la tante de Lucile, qui est sa mère...
-- Hein ? Je ne comprends rien mais si ça t'amuses !

Le Bluebell Diary, perdu dans une ruelle sombre, avait une enseigne de bois sculptée et ressemblait à un café victorien.
-- C'est super original ! S'écria Lucile avant d'entrer.
Tom les emmena jusqu'à une petite table devant la scène. Il ne quittait pas Albatre des yeux car elle s'était renfermée depuis l'appel de sa s½ur.
-- Somebody wants a drink ?
Suite aux réponses des jeunes filles, il alla chercher trois cocas. Il aurait aimer boire autre chose mais au retour, il devait raccompagner ses invitées et sa mère, qui elle ne se priverait pas de boire.
Celia ne chantait que dans dix minutes, et en attendant, Albatre et Lucile s'extasiaient devant un numéro d'illusionniste.
Tom revint à la table en souriant. Albatre était de nouveau de bonne humeur. Il s'assit à sa gauche, et posa le bras sur le dossier de sa chaise d'un air naturel.
Lucile le vit mais ne dit rien, tandis qu'Albatre feignait de ne rien remarquer. Elle aimait bien Tom, il lui plaisait...mais pourtant, Raphael resserrait son emprise sur elle...
Faudrait-il toujours qu'il s'interpose entre elle et les autres ?
Elle essaya d'oublier ses voix intérieures et de se concentrer sur la scène. Celia venait d'arriver. Vêtue d'une robe dorée très disco, elle se tenait droite devant son micro à pied. A la grande surprise de tout le monde, elle commença par Imagine de John Lennon. Elle chantait d'une voix aigue mais juste. Le regard d'Albatre tomba sur les yeux de Celia, bleus foncés, il reflétait une grande douceur. Elle tendait les mains vers le public, plus extravagante que jamais malgré ses cheveux violets noués en chignon.
Tom était fier de sa mère, et son sourire s'agrandit encore quand Albatre prit sa main entre les siennes.
Celia chanta encore quatre chansons, puis s'arrêta sous les applaudissements par un tonitruant:
-- Now, I need a drink !
Elle descendit directement de scène, sans passer par les coulisses, relevant les pans de sa robe dorée pour descendre de l'estrade jusqu'au bar. La salle l'acclamait.
-- It was great Celia ! S'exclama Albatre.
La mère de Tom lui envoya un baiser puis se mit à siroter son verre.
Ils repartirent du Bluebell a minuit et demi, satisfaits de leur soirée.
Lucile était toujours très bavarde, mais les autres demeuraient silencieux, se contentant de regarder la route mal éclairée. Albatre se sentait libre et sans contrainte.
Tom déposa d'abord sa mère chez elle, non loin de la maison de Marjorie, puis il raccompagna les filles.
En descendant de voiture, Celia lui fit une clin d'½il puis remonta son allée, les chaussures à la main.
Lucile descendit rapidement, une fois arrivée mais lorsque Albatre voulut la suivre, elle chuchota:
-- Reste encore un peu, je crois qu'il « want talkin to you... »
Albatre éclata de rire et se rassit sans protester.
Tom se passait nerveusement la main dans les cheveux, toujours assis à l'avant. Il se tourna timidement vers Albatre.
-- Can I talk to you ?
Elle sourit.
-- Of course, Tom...
-- Well, Albatre...
Il prononçait son nom différemment, en Anglais, mais ça ne lui déplaisait pas.
-- I want to tell you that...you're such a pretty girl...I fell so si with you but, if you want, we can start to date ?
Elle le regarda un long moment. Il était tout ce qu'elle pouvait souhaiter...tout sauf Raphael.
Horrifiée par cette pensée, elle se pencha vers lui et posa ses lèvres sur les siennes. C'était agréable. Tom fut surpris mais se laissa faire de bonne grâce. Quand ils se séparèrent, il éclata de rire.
-- Oh you French girls, you are so...Hum...Can't find the word !
-- So no need to say Nothing !

Au bout d'une demi-heure, Albatre sortit de la voiture de son -nouveau- petit ami.
Elle pouvait l'aimer, elle devait l'aimer, du moins, s'en convaincre.
Elle fit un petit signe à Tom qui la regardait d'un air rêveur et rentra dans la maison.
Marjorie et Lucile l'attendaient en pyjama dans la cuisine.
-- Tom...it's the good guy ! Remarqua Lucile.
Albatre la foudroya du regard. Mais elle était plus heureuse qu'elle ne voulait le montrer.
Mrs Altman se contenta de lui reprocher de ne pas être encore prête à aller dormir, mais ses reproches sonnaient faux.
Une fois à l'étage, Albatre prit son temps pour aller dormir. L'air était doux, elle voyait les étoiles depuis sa fenêtre le monde ne lui avait jamais paru aussi vaste.
Sa volonté farouche d'être heureuse l'emportait sur ses inquiétudes La porte s'ouvrit lentement sur Lucile.
-- Tu ne dors pas encore ?
Elle souriait, gentiment narquoise.
-- Get out of here, you are too curious !
Lucile pouffa.
-- Tu ne parles même plus Français maintenant, à cause de Tom !
Albatre lui jeta un coussin mais Lucile referma la porte pour l'éviter et il retomba sur le sol.
Albatre se laissa tomber sur son lit, fermant les yeux. Puis son portable se mit à vibrer. Elle avait un nouveau message.
Albatre l'ouvrit à contrec½ur. L'expéditeur était Raphael.

Coucou Albatre,
Tu nous manques à ta s½ur et moi, on espère que tu t'es bien amusée ! Clarisse a suggéré que ce soit moi qui t'envoie le sms...c'est vrai que j'avais envie de te parler...
Bisous de Clarisse et Raph.

Albatre jeta son portable sur le matelas. Pourrait-elle oublier, et être un jour heureuse?
Son c½ur ralentirait-il un jour à la simple évocation de ce nom, Raphael ?


A Melianfool: Merci pour la correction, mon niveau d'anglais a baissé en ce moment et je ne peux même plus répondre par commentaire, mon ordi n'affiche plus les pages skyblog correctement...

# Posté le mardi 15 mai 2007 15:57

Modifié le vendredi 18 mai 2007 08:23